CONCLUSIONS
l)e ce qui précède, quelles conclusions tirer ? Je n’en émettrai que deux, quant au fait général.
La première, c’est qu’on a trop exagéré l’importance des traumatismes du col de l’utérus gravide, et la preuve en est dans les quelques observations que j’ai fait connaître au cours de ce travail.
La seconde est que : à titre exceptionnel, et lorsque l’état du col exige une réparation chirurgicale, la menace de l’avortement, loin d'être une contre-indication, justifie l’opération. La réparation du col par le procédé d’Emmet, pratiquée sous le chloro- ' forme, dans le cas que je viens de citer tout au long et dans le cas publié par M. Juillard, n’a réveillé, en aucune façon, la susceptibilité réflexe de l’utérus.
Je pense toutefois qu’il ne faut se résoudre à intervenir que lorsque l’on juge le danger menaçant, et j’estime qu’après l’opération, les précautions les plus minutieuses doivent être prises pour prévenir et juguler au besoin les contractions de l’utérus. Le repos absolu, l’usage des opiacés, la médication antiabortive en un mot doivent être institués.
La réflexion particulière que peut susciter l’opération d’Emmet, pratiquée chez une femme enceinte, c’est surtout, et pour des raisons inutiles à rappeler, la crainte de l'hémorrhagie. Or cette crainte n’a pas été justifiée le moins du monde dans mon cas. Malgré mon attente, je n’ai pas vu les plaies d’avivement sai-
gner plus que dans la moyenne des opérations de ce genre, que j’ai pratiquées en assez grand nombre aujourd’hui. Il ne paraît donc pas nécessaire de tirer argument de la crainte d’une hémorrhagie anormalement abondante, contre cette opération pratiquée pendant la grossesse.
RÉSUMÉ ET MISE AU POINT DES IDÉES DE L’AUTEUR RENFERMÉES DANS LES PRÉCÉDENTS MÉMOIRES.
Dans la série des mémoires qui précèdent, bien des idées sont émises dont la plupart sont restées dans le domaine définitif de la Gynécologie. D’autres, nées au milieu de la controverse, veulent être résumées et précisées conformément à la sanction d’une plus longue expérience.
C’est ce que je vais faire en pende mots.
Parmi les méthodes acceptées aujourd’hui sans discussion, je cite les procédés d’investigation intra-utérine — le curetage explorateur — l’hystérométrie aseptique —la dilatation — l’abaissement du col de l’utérus, qui furent combattus d’une voix presque unanime, il y a quinze ans. L’abrasion de la muqueuse cervicale au bistouri, sans sutures (p. 299) reprise et adoptée plus tard par Bouilly qui l’appliqua plus particulièrement à la métrile des nullipares. L’indication positive de la réparation immédiate du col utérin lacéré dans l’accouchement (p. 297),
Les traitements chirurgicaux de la cervicite, suivant le degré des lésions.
L’emploi de la glycérine créosotée comme topique antiseptique de l’utérus.
La proscription des topiques caustiques, escharhiants.
L’emploi rationnel des diverses méthodes de thérapeutique intra-utérine ; dilatation lente ou extemporanée, irrigation, drainage.
Et quant au curetage utérin, dont les indications ont été faussées par une vulgarisation excessive, et surtout par le défaut d’expérience de beaucoup de médecins insuffisamment instruits, le grand tort a été de le considérer comme un moyen de traitement adéquat à la métrite quels que soient la nature et le siège de celle-ci.
Beaucoup trop de praticiens ignorant ou ayant oublié les travaux qui ont préludé à la transformation des idées en pathologie utérine, n’établissent même pas la distinction, pourtant indispensable, entre la métrite du corps et celle du col. D’autres traitent inconsidérément par le curetage toute métrorrhagie, sans se préoccuper d’en vérifier la cause.
De telles erreurs, de tels abus ne pouvaient qu’amener des échecs, faire germer des contradictions.
Nous assistons encore aujourd’hui, à propos du curetage appliqué à la métrite, à des discussions qui n’ont pas le mérite d’être nouvelles, encore moins originales. C’est par trop négliger les contributions des devanciers !
Au point de vue des questions de doctrine, les mémoires qui précèdent font ressortir :
1“ que la thérapeutique chirurgicale ne s’applique pointa la période aiguë de l’endométrite, sauf le cas de septicémie puerpérale ;
2“ qu’elle doit viser uniquement la destruction de la muqueuse du corps de l'utérus, lorsque celle-ci est épaissie, végétante ;
3* que le curetage est impuissant contre les lésions du col utérin ;
4'“ qu’il ne peut être efficace contre le symptôme hémorrhagie, qu’autant que ce symptôme dépend uniquement de lésions végétantes ou hypertrophiques de la muqueuse du corps, liées à un processus simple ou décidual ; que partout ailleurs son action est incertaine et presque toujours décevante ;
5“ qu’on l’applique trop souvent sans discernement là où il est inutile, insuffisant ou déplacé.
Enfin, au point de vue des doctrines pathogéniques, il est acquis que mes affirmations, énergiquement contestées, il y a quinze ans, touchant la fréquence de l’infection blennorrhagique de l’utérus, sont conformes aux faits.
Que l’apparition de la métro-annexite, plusieurs semaines ou plusieurs mois après l’accouchement, correspond à la reviviscence de germes thogènes puerpéraux.
Ma théorie du développement de l’ectropion secondaire n’a jamais été contestée.
Le processus de la cervicite folliculaire scléro-kystique est resté classique d’après les descriptions que j’en ai faites conformément à l’étude micrographique.
La variété de métrite dyscrasique attribuée à l’artério-sclérose, au lymphatisme, n’est pas une métrite, pas plus que les altérations passagères de l’utérus liées à la subinvolution, à la ménopause, à des troubles momentanés de la vascularisation ou de la nutrition de l’utérus.
Dans les mémoires qui suivent et dans des travaux ultérieurs, j’ai fait une place plus vraie à cette doctrine : d’abord, en établissant le premier, conformément aux doctrines défendues dans mon mémoire de 1886,1a catégorie des fausses métrites, dans certaines desquelles le processus scléreux joue certainement un rôle ; — ensuite en montrant que les dyscrasies, prétendues causes de la métrite, sont les conditions les plus certaines de la chronicité de cette affection et constituent une étiologie secondaire de la permanence des processus infectieux.
FAUSSES MÉTRITES
ANATOiE & PHYSIOLOGIE DE LA IDOEOSE OIEHINE
J’ai placé ici ce mémoire, en raison des considérations qu’il renferme, relativement à la distinction anatomique et physiologique entre les vraies et les fausses métrites.
Depuis les travaux histologiques de Kundrat, Ruge, en Allemagne, Robin, de Sinety, en France, Williams, Putnam-Jacobi, en Amérique, etc., peu de chapitres d’ensemble ont été écrits sur la muqueuse de l’utérus.
J’ai pensé qu’il était opportun de présenter, sous forme de mémoire, l’exposé de cette question à laquelle la pratique et l’observation des gynécologues a apporté beaucoup de documents nouveaux.
J’y joindrai le résultat de mes propres études et de mes observations personnelles, poursuivies au cours d’une dizaine d’années et qui donneront une certaine originalité à quelques côtés de la question.
Je diviserai cet exposé en trois parties : . -
A. Muqueuse du corps de l’utérus.
B. Muqueuse du col de l’utérus.