DES VIERGES
Cette débilité utérine, qui est le fait d’un organisme défectueux ou épuisé, nous la trouvons réalisée typiquement parfois chez certaines jeunes filles : elle se résume dans la faiblesse congénitale ou acquise aussi bien des tissus utérins que des parois vasculaires, dans l’infiltration du tissu sous-muqueux et dans l’énergie insuffisante des éléments musculaires.
Il se passe alors pour l’utérus, en particulier pour le col, ce qui se passe pour d’autres régions muqueuses : la turgidité de l’utérus est l’équivalent du gonflement des lèvres, des conjonctives, des ailes du nez, des doigts et des orteils, chez les filles strumeuses.L’antéflexion, beaucoup plus rarement la rétroflexion, un certain degré d’ectropion antérieur, l’augmentation de volume du col et du corps, la leucorrhée, la métrorrhagie profuse succédant à des périodes d’aménorrhée caractérisent cette fausse métrite que certains auteurs n’hésitent pas à considérer comme des états inflammatoires, sous le nom de métrite des vierges.
C’est ainsi que j’ai lu avec un certain étonnement un travail d’ailleurs intéressant sur cette métrite des vierges (1).
A son sujet, je ferai cette simple remarque :
La métrite est-elle commune., ou même n’est-elle que rare chez les vierges ?
Non, elle est excessivement rare : elle est tellement exceptionnelle qu’on est endroit d’hésiter longtemps avant d’étiqueter de la sorte une affection génitale vague chez une jeune fille, affection qui peut dépendre de l’ovaire, de troubles menstruels, de congestions pelviennes, d’hypéralgésies anormales sous l’influence d’une constitution névropathique le plus souvent héréditaire. En réalité, les jeunes filles vierges que F on rencontre, que l’on a à examiner, bien que sujettes, pour la plupart, à des indis positions de cet ordre, sont dans l’immense majorité, indemnes de métrite vraie. Celles qui en sont aflectées sont, je le répète et tout le monde est d’accord sur ce point, rarissimes.
Or cela ne doit-il pas faire naître cette idée que, puisque le fait est rare à ce point, il est peu logique d’en chercher Fétiolôgie
(l) P. Bouton. Métrite des vierges. Thèse de Paris, 1887.
FAUSSES MÉTRITES
dans des causes ordinaires ou banales ? Car si l’étiologie était telle, peu de vierges échapperaient à la métrite.
Est-ce à dire qu’il est impossible d’observer de la métrite chez une jeune fille vierge ? En aucune façon ; seulement, je crois le cas excessivement rare et j’estime que lorsqu’il se produit, ce n’est jamais en dehors de la règle que j’ai tracée pour la pathogénie de la métrite, c’est-à-dire de l’infection. Qu’une jeune fille, qu’une enfant contracte une vulvite septique et que l’infection, franchissant l’hymen, suive, en la remontant, toute l’étendue de la muqueuse génitale, qu’il y ait à un moment donné, métrite blennorrhagique ou métrite d’infection banale, je ne veux nullement le nier : le fait est très rare, je le répète, et quand il se produit, il est clair que le processus suit la marche ordinaire de toute inflammation utérine. Nous nous trouvons en présence d’une métrite à laquelle le fait de la virginité n’imprime aucun caractère spécial.
Il suffit d’ailleurs de parcourir la série des observations de M. Bouton pour comprendre de suite qu’il n’a eu affaire qu’à des fausses métrites, sauf dans les observations IV et V, tirées de Bennet.
Observation I (Pozzi). — Couturière de 20 ans, fille de père mort phtisique ; rougeole à 9 ans ; menstrues irrégulières et douloureuses alternant avec des pertes blanc-jaunâtre : a perdu ses couleurs et est devenue nerveuse.
Examen : Dilatation de l’estomac.
Phénomènes locaux : Le palper abdominal augmente les douleurs.
Toucher difficile (hymen), col gros et douloureux à la pression, parois vaginales chaudes, culs-de-sac libres : de trompe, d’ovaire, il n’est pas question.
Phénomènes réactionnels : néant !
Plus tard le spéculum permet de voir le col rouge tuméfié et non ulcéré.
Traitement : lavage de l’estomac, grands bains, dilatation de l’hymen et du col (M. Bouton ne dit pas comment).
Guérison en un mois.
Obs.II (Pozzi). — Teinturière de 19 ans, fille de mère morte phtisique.