‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 10 sur 162 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

La vie au café. — Rome n*est plus dans Rome. — L'arrivée des journalistes. — Portraits. — Les reporters étrangers.

— La bière manque. — Promenade à Longeville. — Paysage. — Le vin mousseux. — Première arrestation.

— Promenade avec GilL — Jouy -aux- Arches. — Dîner à Saint-Julien. — Le camp de Chambière. — La pêche à la main. — Le restaurant des Marronniers.— Les

écrevisses de la Moselle. — D^ustation.

20 juillet.

Comme la plupart des villes de province, et surtout des villes de garnison, Metz n'offre guère, en été, d'autre ressource que le café ou la prome* nade.

J'ai déjà parlé du café Parisien, rendez-vous habituel des officiers, et qui depuis quelques jours a été adopté par la fashion parisienne nouvellement débarquée. Tout le jour c'est une procession de jeunes hommes, la valise à la main et le cigare aux lèvres, qui repoussés de presque tous les hôtels viennent en désespoir de cause s'abattre au café Parisien pour s'y renseigner auprès des premiers

i8 Met^ 1870.

arrivés. On entend de toutes parts l'équivalent de ce dialogue :

— Tiens, un tel ; comment c'est toi ?

— Certainement c'est moi ; mais toi-même je ne te savais pas ici.

— Mon cher, je suis parti le 16.

— Pour quel journal?

— Pour le Petit Scorpion ^ quinze cents francs par mois, mes frais payés.

— Moi, j'ai carte blanche, fiais illimités.

— A propos, y a-t-il de la place dans ton hôtel ?

— Pas une, mon cher, nous avons une chambre à trois et il y a un général de division dans une chambre de domestique.

— Comme c'est contrariant !

— Prends-tu un bock?

— Tout de même.

Et l'on se met à deviser de Paris que l'on vient de quitter.

— Si tu voyais, mon cher, quel enthousiasme à Paris. Marie Sasse chante la Marseillaise à l'Opéra, Girardin aussi. Onporte tous les soldats en triomphe, ils arrivent tous pafs à la gare. Le père Thiers a voulu parler contre la guerre à la Chambre, on Ta fait taire. On organise la mobile, tout le monde veut en être. Dans quinze jours nous aurons deux millions d'hommes en Allemagne

Il est une heure de l'après-midi, le café se remplit rapidement. Les officiers arrivent par petits groupes, sortant de leur pension ou mess^ les vieux habitués

Page 1