Chapitre Deuxième. i
dont Tair d'assurance, les mains blanches et soignées dénoteraient plutôt un officier d'état-major allemand en mission secrète, qu'un paysan lorrain.
j8 juillet.
De l'étranger, quelques nouvelles nous arrivent. A Luxembourg, pays français par le cœur, tout^st, dit-on, tranquille, çt la Chambre va se réunir pour délibérer sur la conduite à suivre en ces graves circonstances. Dans les villes d'eaux allemandes nos compatriotes, obligés de déguerpir, sont, paraît-il, assez maltraités. Ainsi, à Creuznach, fréquenté par les familles riches de l'Alsace et de la Lorraine, les personnes parties pour prendre les eaux ne savent comment revenir, sans argent et sans possibilité d'en recevoir.
Enfin, aux environs de Forbachet de Sierck, on voit rôder des hulans.
Ceux qui, sortis de Perl, s'approchent de cette dernière ville sont assez mal reçus. Il y a dans la petite garnison de Sierck un sergent excellent tireur, qui, posté derrière un gros arbre, sur une petite côte, d'où l'on découvre la frontière à moins d'un kilomètre, fait aux rôdeurs une véritable chasse à l'afifût.
A des distances inconnues au fusil Dreyse, il démonte un cavalier, au grand plaisir des habitants de Sierck, qui viennent en foule admirer l'adresse de ce tireur émérite.
iG Met!( j8jo.
jg juillet.
Nos paysans n*aiment point les Prussiens; on se souvient encore ici de i8i5.
Il y a peu de jours, Forbach a été le théâtre d*un incident qui a beaucoup émotionné la ville et les environs. Deux hulans ivres avaient franchi la frontière et suivaient la route de Merlebach à Forbach en brandissant leurs sabres et proférant des menaces contre les Français.
Passe un jeune conscrit nommé Malick et doué d'une rare vigueur.
— A bas les Prussiens ! crîe-t-il de toutes ses forces.
Les hulans l'assaillent. Malick, armé d'un bâton, se met sur la défensive, riposte, étend à ses pieds Tun de ses adversaires et d'un revers désarme le second, qui prend la fuite.
Ce vigoureux conscrit est arrivé ce matin à Metz avec la moitié d'un sabre prussien comme gage de sa victoire. Attendons-nous bientôt à de plus sérieux engagements.