‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 11 sur 162 · Chapitre Troisième · texte numérisé non relu

Chapitre Troisième

se glissent d'un airrogue au fond de la salle, le plus loin possible des envahisseurs, l'élément parisien au contraire se tient de préférence sur la terrasse.

C'est là que se prélassent les reporters français et étrangers, quelques-uns dans des costumes de campagne des plus divertissants. Le tout Paris du boulevard Montmartre y sera bientôt rassemblé. On y voit déjà Camille Pelletan du Rappel avec sa chevelure ébouriffée, en compagnie du mince Claretie, Edgar Rodrigues et son jeune frère, Duchemin du Gaulois surnommé le bourreau des cœurs, Jehan Valter du Paris-Journal tout de velours habillé^ André Gill, le spirituel dessinateur de VEclipse, avec d'énormes lunettes bleues, Wachter, le stratégiste du Gaulois^ reconnaissable à sa haute stature, les deux frères Mortier, Ivan de Wœstyne du Figaro, le sombre Legay du Petit Journal , Nazetj qui semble avoir le don d'ubiquité et qui connaît déjà mieux la ville que les habitants ; d'Aunay du Ffg*aro, en brigand d opéra-comique, Ebstein de la Liberté, les deux dessinateurs de ïlllustration et du Monde illustré, vivant contraste, l'un grand, mince, froid, les cheveux presque blancs, l'autre, petite trapu, pétillant et myope ; puis d'Herbinville déjà nommé, Chanloup du National, un petit salpêtre , d'Aviau de Piolant du Français , presque toujours avec son frère, un officier de chasseurs; Hyx, reporter du iVe;^ ybrAri/eraW, La Chapelle du Standard, Robinson du Manchester Guardian^ le comte de Sponeke, jeune gentilhomme

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danois, et une infinité d'autres dont les noms m'échappent.

Le journalisme local est représenté par les trois Mayer père et fils, rédacteurs de Y Indépendant de la Moselle, tous trois aussi obligeants qu'aimables; par MM. Réau, du Courrier de la Moselle ^ CoUignon et le comte Anatole de Montferrier, le type du hobereau de province.

Dans un coin, assez écarté des vulgaires humains, $ont assis des messieurs habillés de vert avec du dor dessus. Il est assez difficile de distinguer s'ils portent un uniforme ou une livrée, et si c'est par dédain ou par humilité qu'ils ont établi une ligne de démarcation entre leurs tables et celles des autres consommateurs.

Grâce à l'affluence de ces derniers, on nous apprend une nouvelle assez désagréable : la bière va manquer.

Mais Nazet, qui est le fureteur le plus déterminé qui soit, a déjà découvert, hors des murs, à Longeville^ un petit vin blanc mousseux dont il nous dit merveille ; et après avoir fait atteler Figaro à un petit duke, je pars accompagné de M. Hyx et d'Arnold Mortier, afin de constater cette découverte.

Pour aller à Longeville, on traverse la Moselle et rpn sort de Metz par la porte de Thionville ; on tourne ensuite à gauche et longeant tantôt le Ban Saint-Martin à droite, tantôt la Moselle qui borde la route à gauche et que franchit sur un beau via-

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