Chapitre Dix-septième
En quelques enjambées nous atteignons le nouveau domicile où j'ai transporté mes pénates, rue du Petit-Paris.
Mon docteur est parisien, c'est un grand jeune homme d'une figure fort avenante, et qui a quitté une belle clientèle pour venir soigner nos blessés, avec son excellent professeur, M. Liégeois.
Le projectile a suivi dans les chairs une marche tellement irrégulière que son extraction immédiate est impossible aujourd'hui ; l'opération est renvoyée au lendemain.
J'ai organisé un lit à mon blessé; son ordonnance Picard^ qui Ta accompagné et soutenu, s'étend tout habillé sur un canapé, la tête sur son sac et a son mousquet auprès de lui. »
/er septembre.
Dès l'aube, j'entends un grand bruit de ferraille, c'est Picard qui s'apprête à rejoindre « les autres ; » — les autres ce sont ses camarades, — le brave garçon est lorrain, c'est un grand gars admirablement découplé, et solide au feu. Je m'habille à la hâte et nous descendons acheter du pain et quelques charcuteries variées. Nos gourdes sont remplies, nous n'avons plus qu'à rejoindre, et les jambes de Figaro nous porteront vite et sans fatigue au terme de notre voyage.
Il était six heures du matin, le soleil s'était levé radieux et nous filions rapidement sur la route de
i68 Metj i8yo.
Boulây. Une blanche vapeur baignait les vallons et les premières croupes des collines dont le sommet émergeait à peine de cet océan vaporeux. Tout était calme, silencieux, et rien ne faisait pressentir encore la lutte acharnée qui se livrait une lieue plus loin.
Nous roulions depuis une heure lorsque pour la première fois le bruit de la mousqueterie se fit entendre, accompagné par les détonations sourdes du canon.
Nous dépassons Tauberge de Bellecroix, occupée seulement par un poste, et nous arrivons à la bifurcation, oti notre voiture reçoit Tordre de s'arrêter. Picard s'informe de sa brigade, on lui dit qu'elle opère sur la droite ; il me dit aussitôt adieu, et s'élance en courant dans la direction de Montoy.
J'avance de quelques centaines de mètres sur la route de Boulay et je rencontre le frère de M. Mayer en compagnie de quelques amis.
A notre droite, dans un champ piétiné par les chevaux et couvert de boîtes de mitrailleuses vides et d'éclats d'obus, une batterie d'artillerie est rangée dans son ordre de bataille, prête à s'élancer au premier signal.
Une femme est là qui vend de Teau-de-vie de prune aux artilleurs qui ont besoin d'un cordial; un officier la renvoie rudement et gourmande ses hommes. Puis, nous apercevant :
— Vous ne devriez pas rester là, nous dit-il, la place va devenir dangereuse.
Nous faisons un signe de remercîment, mais