Chapitre Dix-septième
nous n'en demeurons pas moins. Quelle apparence de danger ? On se bat à un kilomètre de nous ; nous distinguons fort bien les combattants sur les hauteurs qui sont devant nous ; Tennemi a dû faire un retour offensif, mais les villages sont à nous, et il est probable au contraire que nous pouvons pousser plus avant.
Nous avançons en effet sur la gauche et choisissons comme point d'observation une éminence qui domine le ravin de Lauvallier.
La ligne de bataille paraît cependant sur plusieurs points s'être rapprochée de nous; ainsi je vois des tirailleurs français répandus en deçà des villages que nous avions pris hier. En avons-nous donc été délogés ?
Sur la droite^ au contraire^ nous paraissions avoir gagné du terrain.
Notre arrivée semble être un signal pour les mitrailleuses qui ouvrent un feu violent. L'ennemi riposte avec des pièces de campagne de gros calibre et dont le feu devient tellement meurtrier qu'il éteint celui des mitrailleuses.
Il y avait trois quarts d'heure que durait la canonnade, et notre infanterie, en partie abandonnée par son artillerie, trop inférieure en nombre et en portée à celle de l'ennemi, soutenait héroïquement ses assauts répétés. Les feux de peloton roulaient, et cependant il me semblait voir reculer les nôtres, lentement il est vrai, mais écrasés par cette masse
d'artillerie.
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A ce moment, de nouvelles batteries prussiennes s'établissent devant Noisseville et envoient des obus dans le ravin de Lauvallier, presque comblé, disait-on, par les morts de la veille.
Un de nous, attiré parla curiosité, s'était aventuré de ce côté; je me détache du groupe pour allef à sa recherche et descends rapidement jusqu'au ravin, tellement rempli de cadavres, en effet, que dans un endroit ils étaient restés debout pressés les uns contre les autres. Involontairement je me rappelai ces vers d'un poëte méridional, parlant des vieux barons des Lèques :
«Et comme si la mort ne les terrassait point,
u On les enterrait tous, debout, la dague au poing. »
Enfin, j'aperçois notre compagnon, qui gravissait la pointe du ravin pour revenir à nous; il était à vingt pas de moi lorsqu'un obus vient tomber entre nous deux et s'enfonce sans éclater dans la terre meuble qu'il fait voler en poussière.
— Ne flânons pas, lui dis-je, tirons vers la route, je crois notre observatoire mal choisi.
En effet, à peine ai -je prononcé ces mots qu'un sifflement aigu se fait entendre, grandit et se termine par une détonation, c'est un obus qui a passé par-dessus nos têtes, et qui est allé éclater entre les jambes des chevaux d'une réserve de munitions.
En même temps un déluge de projectiles vient