‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 102 sur 162 · Chapitre Dix-septième · texte numérisé non relu

Chapitre Dix-septième

s'abattre autour de nous avec une fréquence et une rapidité telles^ qu'un instant abasourdis par le bruit, aveuglés par la poussière et la fumée, nous nous arrêtons, indécis du côté vers lequel nous tournerons.

C'étaient nos troupes qui toujours combattant se repliaient avec beaucoup d'ordre et de calme devant l'artillerie qui les décimait et accompagnait leur retraite d'innombrables projectiles.

Ceux que nous avions reçus étaient dirigés trop loin, l'ennemi s'en était aperçu et avait déjà rectifié son tir ; les obus ne tombaient plus qu'à trois ou quatre cents mètres. Nous en profitâmes pour exécuter à notre tour un mouvement de retraite vers la route.

La batterie d'artillerie était toujours là; en nous voyant passer l'officier me cria d'un ton goguenard ?

— Eh bien, vous en avez reçu, que vous disais-je?

— Ma foi, lui répondis-je, vous aviez raison, et nous sommes des fous.

Tout à coup un officier d'état-major arrive au galop, et donne à la batterie l'ordre d'accourir pour soutenir la retraite.

Je n'oublierai jamais l'air et le ton dont le commandant de la batterie, se levant sur ses étriers et se tournant vers ses hommes, Pépée haute, leur cria:

— Batterie en avant... au galop !

17^ Metf iSyo.

Sous le fouet des cavaliers conducteurs, les chevaux firent un vigoureux effort des épaules et des reins, les traits de cordes se tendirent et, comme une vision, toute cette masse d'artillerie, chevaux, canons et caissons, disparut dans un tourbillon de poussière, roulant sur la terre molle comme sur le velours et sans autre bruit qu'un piétinement sourd, accompagné du cliquetis des fourreaux frappant les étriers.

L'officier d'état-major, lui, a fait demi-tour ; je le vois se diriger au galop vers un groupe d'officiers où se trouve, dit-on, le maréchal Lebœuf, lorsqu'un obus vient tomber dans les jambes de son cheval ; l'homme et la bête roulent à terre. Puis on les voit tous deux se relever, chacun tirer de son côté, l'officier retenant les basques de son habit pour mieux courir.

Voyant que l'officier se relevait, notre premier mouvement a été un léger accès de gaieté, qui se change en une douloureuse compassion lorsqu'on nous apprend qu'il est mortellement blessé d'un éclat d'obus dans le bas-ventre.

Nous arrivons à Bellecroix avec l'arrière-garde des troupes qui battent en retraite ; les malheureux ont une soif atroce, et il n'y a pas d'eau ; le peu qu'on a pu trouver est réservé au pansement des blessés.

J'ai eu la précaution de mettre dans le coffre de ma petite voiture plusieurs litres pleins d'eau fraîche, je les apporte et les distribue avec parcimo-

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