‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 105 sur 162 · CHAPITRE XVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIl

Mort du général Decaen.— Épisodes du 3i août et du i" septembre. — Le maréchal Lebœuf. — Changarnier. — Pas d'ordre du jour. — Funérailles du général Decaen, — Un mot du prince Frédéric-Charles. — Suspension du Moniteur de la Moselle. — Plus de tabac. — Plus de sel. — La source de Bellecroix. — Hippophagie. — Cherté des

vivres.

Le général Decaen est mort le vendredi 2 septembre. Cette nouvelle est un deuil public pour les habitants de Metz, qui avaient apprécié en lui rhomme privé, et pour Tarmée qui reconnaissait dans le commandant du 3® corps un de ses officiers généraux les plus capables, un de ses chefs les plus éprouvés, les plus énergiques.

Il paraît que Tinaction à laquelle il était réduit, son chagrin de la tournure que prennent nos affaires ont été les causes aggravantes de Vétat du général ; jeudi, en entendant la canonnade de nos forts, sa surexcitation a été telle que le sang lui est monté à la poitrine et Ta étouffé.

Son aide de camp le commandant Munier avait été blessé la veille à la tête, après avoir eu un cheval

178 Met:( iSjo.

tué sous lui, auprès du maréchal Lebœuf, qui s'est follement exposé avec tout son état-major.

Beaucoup d'officiers ont été blessés ces deux derniers jours. Les généraux Montaudon et Manèque ont été atteints de coups de feu, le commandant Carré du 5^ bataillon de chasseurs a été tué raide en menant ses hommes à Pattaque de Noisseville.

Un fait curieux a signalé la retraite d'hier. Un capitaine se repliait lentement sous le feu de Noisseville avec les débris de sa compagnie fort maltraitée, lorsqu'un corps d'infanterie prussienne assez considérable sort du village pour courir sus à la petite troupe. Le capitaine fait tirer à volonté sur cette masse à la hausse de 800 mètres et voit les balles soulever la poussière en deçà des Prussiens. Rectifiant le tir, il le porte à 1,200 mètres et les projectiles arrivent alors en plein fouet sur les Prussiens, qui, déconcertés, ouvrent, sans le moindre effet, un feu terrible sur nos hommes, qui toujours tirant, toujours reculant les déciment sans perdre un homme. Les Prussiens ont pris le parti de regagner Noisseville. Cela prouve bien tout ce que l'on pourrait tirer de la portée supérieure de nos chassepots.

Il paraît que l'état-major du maréchal Lebœuf n'a été si éprouvé que parce que le commandant du 3® corps cherchait à se faire tuer, nous dit-on ; un de ses officiers a été tué, trois blessés, ainsi qu'un homme de l'escorte.

Changarnier était auprès de lui, le 3 1 au soir;

Page 1