‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 106 sur 162 · Chapitre Dix-huitième · texte numérisé non relu

Chapitre Dix-huitième

c'est lui qui a prié le maréchal de faire sonner la charge : — Allons, a-t-il dit, que j'entende encore une fois mon vieux refrain d'Afrique ! Les troupes électrisées ont culbuté les Prussiens qui fuyaient comme des lapins, et Ton a pris Servigny sans trop de pertes.

C'est encore Changarnier qui entrant à Servigny a donné l'ordre de briser les culasses des canons prussiens; on n'y avait seulement pas pensé.

Un soldat du 6e de ligne, blessé au pied, a amené prisonnier aux avant-postes un soldat allemand, soutenant son vainqueur dans sa marche. Cet homme, qui est un annexé, répétait : « Moi, j'ai assez, pas Prussien. » Cette anecdote m'a rappelé le soldat auquel on ordonne d'amener son prisonnier et qui répond : « Je ne peux pas, il me tient. » En effet l'Allemand, qui est un solide gaillard, portait presque le Français.

En résumé, cette bataille de deux jours qui nous a coûté près de 3, 000 hommes mis hors de combat n'a pas grande signification.

La lutte a été vive, l'ennemi a été délogé des fortes positions qu'il occupait à Nouilly, à Noisseville et à Servigny. Ces positions ont été reprises pendant la nuit, et il est notoire qu'elles étaient insuffisamment gardées. Faut-il en conclure que l'intention du maréchal n'était pas de s'y maintenir? Alors pourquoi les avoir prises ? Voulait-on percer les lignes ennemies et donner la main à Mac- Mahon, comme on l'a dit ; alors pourquoi n a-t-on

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pas attaqué plus tôt le premier jour et pourquoi n'avoir pas tiré parti de la victoire du 3 1 ? S'il s'agissait, comme on en a répandu le bruit, d'une reconnaissance offensive, celle du 26 aurait dû suffire. Le i®*" septembre la lutte a recommencé très-accentuée pendant quelques heures. On était sans ordres, le maréchal Bazaine était allé se reposer à la ferme de Grimont, sans s'inquiéter autrement des troupes. Celles-ci n'ont pas été ramenées ; elles ont d'abord opiniâtrement résisté à des forces considérables, au feu meurtrier d'une artillerie formidable, puis voyant qu'on ne s'occupait pas d'elles, sans avoir cédé un pouce de terrain, elles se sont retirées, ou plutôt elles ont cessé d'attaquer et se sont repliées, sans que l'ennemi songeât à les poursuivre. Nul ne connaît la pensée secrète du commandant en chef, mais voilà, je crois, une appréciation exacte des choses dans leur aspect extérieur.

On s'étonne dans l'armée que le maréchal Bazaine n'ait pas cru devoir honorer les troupes d'un ordre du jour constatant leur bravoure.

— Cela tient, m'a dit le commandant X de l'étatmajor, à la difficulté de le rédiger.

Samedi à trois heures, en présence d'un immense concours de population, ont eu lieu les obsèques du général Decaen. Le général Coffinières commandait les troupes du cortège ; et les cordons du char funèbre étaient tenus par les généraux Bourbaki, de Castagny, Ladmirault et Desvaux. Les tambours voilés de crêpe battaient aux champs et le canon

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