Chapitre Troisième
duc le chemin de fer de Paris, on arrive bientôt à Longeviile, un riche faubourg de Metz.
Le cabaret, la dernière maison du village, est en pleine campagne. À gauche on découvre des prairies oîi paissent de nombreux troupeaux et que tra- *verse la Moselle coulant à pleins bords. Au fond, Saint- Privât, avec sa redoute en construction et les arbres d'un beau parc.
En revenant sur la droite, on voit la masse imposante du Saint-Quentin qui domine le riant coteau de Scy, et beaucoup plus loin, de l'autre côté de la route de Moulins, les hauteurs de Sainte-Ruffineet de Jussy. C'est un des plus jolis paysages des environs de Metz.
Nous entrons dans une chambre basse remplie de tables en bois et de tabourets de paille. Il paraît que le petit vin blanc n*est pas sans mérite, car le cabaret est plein et nous avons grand'peine à trouver un coiîi pour nous asseoir.
Le vin est exquis et c'est double plaisir de le boire devant la fenêtre ouverte juste en face du vignoble dont il provient.
La salle est remplie de soldats, dont quelquesuns paraissent avoir amplement sablé le vin blanc de Longeviile : grenadiers et voltigeurs de la garde, artilleurs, mêlés avec des paysans, fraternisent à qui le mieux.
De temps à autre la barbe en éventail de M. Hyx, son accent étranger, le chapeau tyrolien de Mortier provoquent de la part des buveurs des réflexions
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à voix basse, accompagnées de regards soupçonneux.
Justement trois espions prussiens viennent d'être arrêtés à Saint-Avold, l'un déguisé en prêtre, l'autre en mendiant, le troisième en femme ; une grande surveillance a été recommandée aux soldats, qui naturellement voient dans tout inconnu un espion.
Lassés de cette pantomime désobligeante, nous payons notre écot et sortons du cabaret ; bientôt nous sommes en voiture et nous cinglons vers Metz lorsque le pas précipité de plusieurs chevaux lancés au galop de charge nous fit retourner la tête. . .
Ce sont des artilleurs abominablement ivres qui nous crient impérieusement d*arrêter, entourent la voiture, se jettent à la tête de mon cheval et font pleuvoir sur nous un déluge d'épithètes, parmi lesquelles je distingue celles de mouchards, prussipns^ espions, «te, etc.
— Que voulez-vous? dis-je à un grand diabledont les yeux sortent de la tête et qui gesticule d'un air féroce.
— Vous êtes des espions, nous voulons vous conduire au grand prévôt.
M. Hyx et Mortier se contentèrent de sourire.
— Ma foi, répondis-je, il y a un moyen plus simple, conduisez-nous de suite à l'hôtel de la division, puisqu'il faudra toujours que l'on nous y mène.