‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 117 sur 162 · Chapitre Dix-neuvième · texte numérisé non relu

Chapitre Dix-neuvième

passe à Paris et en France. Nous n*avons aucune communication avec l'intérieur et les bruits les plus étranges sont répandus par les prisonniers que nous a rendus l'ennemi, qui en propage également de nature alarmante. Il est important pour nous de recevoir des instructions et des nouvelles.

a Nous sommes entourés par des forces considérables que nous avons vainement essayé de percer le 3i août et le i®^ septembre. »

Est-il bien nécessaire, est-il même conforme à l'esprit des règlements de laisser courir ces bruits de guerre civile semés sans doute parTennemi pour afifaiblir le moral de Tarmée et celui de la population ?

Puis, que sont les nouvelles de la Galette de la Croix ? il me semble que le maréchal qui doit avoir des agents secrets pourrait bien se procurer des journaux français authentiques^ à moins qu'il ne les garde pour lui seul. La population a soif de nouvelles dont la source ne soit pas ennemie, « il lui faut la vérité officielle et indiscutable, » comme le dit fort bien d'Aviau de Piolant dans un article que la censure militaire vient d'interdire.

On essaye de créer une diversion aux trop légitimes appréhensions de la cité en autorisant le départ de petits ballons-poste construits par un journaliste anglais M. Robinson, correspondant du Manchester Guardian, et un médecin, M. Ward, son compatriote, La première idée de ces ballons avait

194 Metj i8jo.

été émise par le capitaine Schultz, un des inventeurs delà mitrailleuse, qui a été poliment éconduit d'abord et dont on n'utilise Tidée que pour donner un dérivatif à l'effervescence publique.

a Les correspondances, dit une circulaire, doivent être sur papier pelure d'oignon^ porter l'adresse d'un côté et ne pas dépasser dix centimètres de long sur cinq de large. »

Où tomberont ces ballons ? nul ne le sait; aussi est-il expressément recommandé, non-seulement de ne donner aucun renseignement sur la situation militaire de la ville, mais encore d'éviter de parler de son état moral.

Au reste, le maréchal ne paraît pas se soucier de communiquer avec le nouveau gouvernement autant qu'il veut bien le dire, car M. Martinie, sousintendant militaire,, homme fort intelligent et hardi, lui ayant fait proposer par son aide de camp, M. Villette, de traverser les lignes prussiennes et de lui rapporter des nouvelles de l'intérieur, son offre n a pas été agréée et il lui a été répondu « que le but à atteindre ne valait pas la peine qu'il risquât sa vie. »

Des nouvelles,,, enfin!

Ainsi commence un article du Vœunational annonçant la miraculeuse arrivée dans nos lignes d'un brigadier du train du génie, prisonnier à Ars-sur- Moselle qui s'est évadé et a apporté à Metz un nu-.

Page 1