Chapitre Troisième
— Cest cela, disent les soldats en chœur, à la division.
Nous reprenons au pas le chemin de Metz, sous l'œil scrutateur de nos gardiens.
En ville, nous montons lentement la rue du Palais; une cinquantaine de gamins nous escortent, les boutiquiers se mettent à leur porte pour voir passer les espions prussiens ; l'un d'eux, qui m'a vendu le matin même une brosse à dents, lève les bras au ciel ; les commères, leurs marmots attachés à leurs jupes, nous montrent au doigt.
— Ont-ils des figures, dit l'une d'elles. Le feit est que la poussière nous a littéralement poudrés à blanc, et que nous ressemblions plutôt à des bandits qu'à d'honnêtes journalistes.
Nous arrivons rue de la Princerie, précédés et suivis d'un flot de curieux, dont souffre absolument notre modestie. La première personne que nous apercevons est le commandant Munier qui nous tend la main. A cette vue trois ou quatre de nos artilleurs^ les moins ivres, prennent la porte et décampent sans trompette. Leurs camarades veulent les suivre, mai$ je les retiens, et ris en pensant que je renouvelle sans le vouloir la légende du soldat que son prisonnier ne veut pas lâcher.
Le général arrive sur ces entrefaites et s'égaye de notre mésaventure. Lesartilleurs s'éloignent confus] nous, grands et généreux, nous leur donnons la pièce pour aller terminer la partie interrompue. Le soir nous sommes la fable de Metz.
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' 21 juillet.
Je profite des beaux jours; qui sait si nos prochaines victoires vont nous laisser bientôt le temps de nous promener ? J'utilise un court moment de répit pour visiter les environs de Metz qui sont charmants et que je quitterai bientôt.
J'ai pris rendez-vous avec Gill pour aller voir les Arches de Jouy. C'est un souvenir. Tout enfant, en feuilletant la. France pittoresque d'A. Hugo, j'avais été frappé par une gravure assez naïve, représentant Taqueduc romain », qui a donné lieu, comme tous ses similaires, à une légende que j'ai à peu près oubliée. Ce que je crois savoir, c'est que le diable est de l'affairf , et qu'il passe pour avoir construit l'aqueduc eh une seule nuit. Je désirais donc examiner le colosse romain que je n'avais fait qu'entrevoir en chemin de fer et qui m'avait semblé situé dans un délicieux endroit.
Après un déjeuner lestement expédié, nouç partons, Gill et moi, dans un tilbury gaillardement traîné par Figaro ^ qui est une béte à deux fins.
La chaleur est torride, le soleil pompe littéralement la sueur qui, sans lui, coulerait de nos fronts, et la poussière nous aveugle. Au premier bouchon, nous sautons à bas de voiture et montons par trois
I. Quelques archéologues en attribuent la construction à Drusus, mais sans appuyer cette opinion d'aucune preuve.