‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 124 sur 162 · Chapitre Vingtième · texte numérisé non relu

Chapitre Vingtième

On commence à s*apercevoir — bien tard — que l'on a eu tort d'abandonner aux Prussiens les hauteurs qui commandent la place. Samedi, premier jour d'octobre, par un beau soleil, une colonne, composée d'infanterie et de soldats du génie, a attaqué Lessy et la sapinière qui domine ce village sur la droite. J'ai assisté à l'engagement qui a été trèsvif. Nos hommes, divisés par petites troupes, garnissaient, en se dissimulant, les sentiers qui mènent à la sapinière, tandis que le gros de nos forces délogeait de Lessy un bataillon prussien et quelques hulans. Aux premiers coups de fusil, les crêtes se sont couronnées d'uniformes sombres qui ont engagé avec les nôtres une vive fusillade. C'est absolument, d'oti je suis, le crépitement d'une poignée de sel sur le feu. Toujours muni de mon brassard protecteur, je m'avance prudemment, m'abritant de mon mieux derrière les accidents de terrain; je traverse une petite voie ferrée, qui a servi aux travaux des forts et je remonte vers la sapinière oti la fusillade est des plus vives en ce moment. J'entends comme des susurrements d'abeilles, de petits sifflements suivis d'un <i Jlac y> très-caractéristique : ce sont des balles qui viennent mourir à quelques mètres, ou s'aplatir sur des pierres. Je suis dans un sentier creux qui contourne la colline; au premier détour, je vois nos hommes entrés déjà dans la sapinière et qui, avançant d'arbre en arbre, se dirigent vers un petit chalet, connu sous le nom de chalet Billaudel. Derrière eux, les sapeurs du génie abat-

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tent les sapins sous une grêle de balles. L'œuvre est périlleuse. Du bois de Châtel où ils s'abritent, les Prussiens ajustent nos hommes avec une précision meurtrière et, en fin de compte, le travail est interrompu; trop de braves gens sont tombés déjà pour un petit intérêt.

Mais nos petits fantassins ont enlevé le chalet et nettoyé la sapinière. Devant leur irrésistible élan, les Prussiens ont reculé, malgré les efforts de leurs oflSciers. Dans les combats de mousqueterie ou à larme blanche, le résultat nous est toujours favorable. Le feu de l'ennemi se ralentit peu à peu. On est entré dans le chalet oti les soldats ont pris des papiers et des journaux que les officiers n'ont pas eu le temps d'emporter. Lessy est également occupé et mis aussitôt en état de défense.

Nous avons heureusement peu de blessés ; cependant une compagnie du 33® a beaucoup souffert. Quant aux Prussiens, ils ont perdu beaucoup de monde et nous leur avons fait trente prisonniers.

Le lendemain, je suis allé visiter le fort de Plappeville ; tout est en mouvement dans ce fort; la plupart des officiers sont debout sur les glacis, inspectant avec leurs lunettes la plaine deThionville. On m'apprend qu'un de nos avant-postes, qui s'était emparé par surprise du château de Ladonchamps, en a été délogé et qu'on est en train de le reprendre en ce moment et de s'y fortifier*.

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