Chapitre Vingtième
Je vois, en effet, à l'aide de ma jumelle, le gros de nos troupes qui s'agite dans la plaine, semblable à une fourmilière, un peu plus loin les tirailleurs sont déployés, qui se canardent avec les Prussiens. Dans les bois qui couronnent les hauteurs dominant la plaine de Thion ville, ceux-ci ont établi des batteries . qui envoient force obus à nos réserves et que contrebat, mais de loin, le fort Saint-Julien. Nos soldats avancent quand même et forcent à reculer les tirailleurs ennemis.
Je suis tout occupé à suivre de l'œil ce combat qu'éclaire un joyeux soleil, lorsque le capitaine Cahen me prévient que l'on va essayer à côté de moi une pièce de 24 court, nouvellement posée sur son affût. .
Un premier coup, tiré à blanc, m'assourdit, tant a été violente la détonation. La pièce est remise en place et pointée cette- fois avec soin, car elle va cracher sur un gros de Prussiens qu'on voit dans une clairière un de ces pains de sucre en fonte qui pèsent quarante-huit livres et démolissent une masure du premier coup.
Au commandement de feu, le coup part et tout le monde se précipite pour voir où tombera le projectile qui s'éloigne avec ce sifflement particulier aux obus à ailettes, qui semble le battement d'aile de quelque oiseau sinistre. Quelques secondes s'écou-
à quelques centaines de mètres en avant. C*est une construction Louis XIII, qui appartient à Fancienne famille qui porte ce nom.
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lent, puis une faible détonation, suivie d'une fumée blanche, nous apprend que le message s'est arrêté un peu en deçà de son adresse.
Mais déjà la pièce est remise en place, chargée, et un officier la pointe avec la plus extrême attention. Feu! un second coup, messager de mort, suit sa course furieuse vers ce groupe noirâtre que je vois remuer au loin. Tout à coup l'obus éclate, un grand vide se fait au milieu des Prussiens, qui se dispersent dans la plus grande confusion. Quelques points noirs sont restés immobiles, ce sont les morts; la pièce a étrenné.
On ne s'imagine pas comme la guerre rend féroce. Je ne pourrais voir tuer un homme de sang-froid, mais mon cœur bat de plaisir à l'idée que quelques ennemis ont mordu la terre, et je pense au mot de Néron.
Le feu diminue d'intensité, les Prussiens sont obligés de nous abandonner Ladonchamps et de se retirer au delà de Saint-Remy. Ils tirent de leur échec la vengeance habituelle, et bientôt, dans la plaine de Thionville, on voit tourbillonner la fumée noire des incendies; c'est, disent les officiers du fort, Olgy qui brûle ; bientôt d'autres incendies s'allument du côté de Saint-Remy,
Je redescends lentement par la route en lacet qui contourne le mont Saint-Quentin. Les rayons obliques du soleil couchant teintent en rose les collines et' dessinent de grandes ombres dans la plaine, oti serpente la Moselle argentée^ sur laquelle plane