‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 127 sur 162 · Chapitre Vingtième · texte numérisé non relu

Chapitre Vingtième

prévisions plus ou moins hasardées, qu'un reflet de la pensée de ceux qui m'entouraient, un écho de leurs conversations, dont le sort de la patrie, et partant celui de la cité, de la famille, était le seul aliment.

La paix sera-t-elle signée, ou la guerre va-t-elle continuer? Telle est la question que chacun se pose depuis que les feuilles françaises ou allemandes, qui sont tombées entre nos mains, nous ont appris que des négociations avaient été entamées entre les belligérants.

Comme l'ambassadeur antique, M. Jules Favre se serait présenté fièrement devant M. de Bismark, tenant enfermées la paix et la guerre dans les plis de sa robe d'avocat.

Que s'est-il passé entre ces deux hommes, représentant deux partis aussi opposés que la monarchie presque de droit divin et la république? Le bruit n'en est pas parvenu jusqu'à nous.

Mais connaissant, d'une part, les prétentions de la Prusse, de l'autre la circulaire adressée parle nouveau ministre des affaires- étrangères à nos agents diplomatiques, il n'est pas impossible de reconstruire, au moins approximativement, l'entretien de ces deux hommes d'État.

L'insolence naturelle du ministre du roi Guillaume, doublée par les premiers succès des armes prussiennes, — succès chèrement achetés — a dû se heurter bien vite contre l'âpre fierté du représentant delà France.

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Tous les artifices de langage du diplomate ont été déjoués par la perspicacité de Tancien bâtonnier.

M. de Bismark a donc infructueusement tenté d'accorder les prétentions actuelles du roi de Prusse avec la proclamation lancée par ce prince au début de la guerre.

Sous la peau du lion perce Toreille du renard, â. dû dire le grand orateur, et toutes vos finesses sont cousues de fil blanc. On veut reprendre l'œuvre gigantesque de spoliation entreprise par le grand Frédéric, et cela en dépit du droit des gens et de la foi jurée, perfas et ne/as, mais en vain.

La France, un moment surprise, est toujours l'épée de l'Europe. Elle eût, pour la paix du monde, accepté des conditions honorables, qui découlaient de la situation même des choses ; elle repousse des conditions déshonorantes qui n'auraient même pas pour avantage de nous donner une paix durable.

C'est donc la guerre que veut la Prusse ; soit, elle l'aura, mais à outrance, et nous lui montrerons que l'on ne conquiert pas un peuple jaloux de son indépendance.

Grâce à l'héroïque résistance de nos places fortes, la meilleure partie de l'armée prussienne est retenue dans l'Alsace et la Lorraine. Paris, à son tour, défendu par ses forts et par 3oo,ooô hommes qu'un chemin de fer de ceinture peut porter rapidement sur tous les points menacés, Paris, la vaillante cité

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