Chapitre Vingtième
de 181 5, va détruire en détail l'armée plus nombreuse que solide dont elle est investie (!!!).
Pendant ce temps, les cadres de l'armée de Lyon et de l'armée de l'Ouest se remplissent rapidement ; Garibaldi vient à nous avec ses partisans; les gardes nationales s'organisent dans toute la France, et tout homme en état de porter un fusil veut marcher contre l'envahisseur.
Bientôt le froid et la maladie vont sévir sur ces soldats sans tentes, sans abris. Tous ces pères de famille arrachés à leur pays, à leurs affections, à leurs intérêts, conduits souvent à coups de bâton, vont songer au retour.
Ils apprendront par leurs journaux qu'un soulèvement patriotique a eu lieu dans l'Allemagne, que leur propre pays est en état de siège, que les meil-\ leurs citoyens sont jetés en prison pour une parole courageuse. Alors ils regretteront de risquer chaque jour leur peau pour la plus grande gloire d'un Hohenzollern, la schlague n'y fera plus rien, ils déserteront, ils fuiront devant la France debout, furieuse et frémissante.
Prenez garde alors aux haies qui bordent les chemins, ne longez point les murs, fuyez les vil* lages et même les bois, vos retraites habituelles, évitez surtout les abords des puits où pourrissent encore les soldats de la Sainte- Alliance, car derrière chaque haie, chaque arbre, chaque mur, chaque maison, vous verrez luire une arme dirigée contre vous.
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Vous reconnaîtrez enfin, mais trop tard, qu'on ne vole pas la France comme un duché du Danemark et, pareils au corbeau qui voulait emporter un mouton dans ses serres impuissantes, vous périrez par l'excès de votre gloutonnerie...
L'événement est venu démentir ces prédictions; mais au moment où je les hasardais, elles étaient encore dans la logique des choses; la fureur patriotique est contagieuse, et les Messins étaient alors montés à un diapason tel qu'il était bien difficile de ne pas se laisser gagner.
Cette animation croissait en raison de l'inactivité des troupes, qui murmuraient elles-mêmes et dont les officiers se rongeaient les poings. Depuis le I®' septembre, il n'y avait eu que de rares engagements ; le château de Ladonchamps, que les Prussiens sont furieux de s'être laissé reprendre, est le point de mire des batteries qu'ils ont établies à Noroy , à Fèves, à Sémécourt et autres lieux, mais il paraît que ce qui est bon à reprendre est bon à garder, et, en dépit d'une pluie d'obus, nos hommes s'y maintiennent. On y a logé quatre pièces de 12, car les Prussiens n'y avaient d'autre artillerie que des tuyaux de poêle juchés sur des charrues, ce qui, de loin, figurait les fameux canons dont on parlait tant à i'état-major. Depuis ce temps on rend coup pour coup, et des tranchées profondes abritent nos tireurs, qui, l'œil aux aguets, le doigt sur la détente, ne laissent point paraître un casque pointu sans le saluer de la bonne façon.