‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 14 sur 162 · Chapitre Troisième · texte numérisé non relu

Chapitre Troisième

marches dans une salle qui rappelle assez l'auberge, abandonnée d'Alphonse Daudet. Sur les murs, un papier à sujet passé flétri, et dans des cadres de bois noir l'histoire de Guillaume Tell, produit incontestable des imageries d'Épinal. Une belle glace de Venise à biseaux semble tout étonnée de refléter cette misère.

Sur le plancher de sapin des tables couvertes de toile cirée, des tabourets, et dans l'air ambiant une myriade de mouches rendues hardies par le soleil, et qui paraissent se soucier fort peu d'une assiette où gît un papier d'Albespeyrès, jonché des cadavres des leurs.

Nous obtenons de notre hôtesse, à peine revenue

[ de son ébahissement^ un sirop de groseille chaud,

1 étendu d'une eau de Seltz que les rayons du soleil

ont rendue bouillante. Ainsi rafraîchis^ nous nous

approchons des arches dont une partie est enchâssée

dans les maisons du village de Jouy.

Cet aqueduc enjambait la Moselle pour joindre les deux coteaux de vignoble entre lesquels coule la t rivière, et passait ensuite sous la montagne jusqu'à Gorze; il avait une longueur de plus xi'un kilomètre •' entre les deux collines, et sa longueur totale de Si Gorze d'où il amenait les eaux jusqu'à Metz où il les déversait était de 6 lieues. C'était donc un vrai P travail de Romain dans l'acception populaire du

mot.

,^^ La hauteur de l'arche entre laquelle passe la route

j^g. de Metz à Nancy est de près de 6o pieds. Ces ar-

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ches sont en briques admirablement appareillées et reposent sur des piliers également en briques formés de quatre assises superposées qui vont s'élargissant jusqu'à la base.

Çà et là, dans des creux formés par la vétusté ou par l'emprunt forcé que des voisins besoigneux ont fait au vieux monument, croissent avec une vigueur surprenante des plantes pariétaires, qui enfoncent désespérément leurs racines tourmentées dans la moindre fissure, et retombent échevelées le long des briques noircies et moussues.

Après avoir suffisamment admiré, contemplé le colosse entre les jambes duquel des masures ont poussé comme des cryptogames aii pied d'un arbre séculaire, nous poussons jusqu'auprès de Corny, oti se trouve un pont qui relie ce côté de la Moselle à la station de Novéant; nous le traversons et prenons une belle route plantée d'arbres touffus, route qui, longeant la Moselle et la voie ferrée, conduit directement à Metz; nous admirons en passant l'entrée pittoresque de la vallée de Gorze, d*oti descend un petit affluent de la Moselle, nous dépas.sons rapidement Ancy et les forges d'Ars ; Figaro sent l'écurie et témoigne sa joie par quelques bonds intempestifs; en quelques minutes nous sommes à Metz, où m'attend l'invitation d'aller dîner au restaurant des Marronniers à Saint-Julien, pour y faire connaissance avec les écre visses de la Moselle et les crus les plus fameux des environs.

Pour s'y rendre» il faut^ après avoir longé les

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