Chapitre Vingtième
leurs et Tartillerie ennemie dont les obus égarés viennent labourer les champs en deçà du château de Ladonchamps. J*ai dépassé la tranchée où nos fantassins sont aux aguets; Tun d'eux me crie : « Ah ! vous allez où il fait chaud , vous , bonne chance! »
C'est la division Grenier, m'a-t-on dit, qui opère sur la gauche; c'est un peu loin pour moi, sans quoi j'eusse aimé voir au feu son brave général ; j'avance toujours, en dépit des obus qui deviennent plus fréquents et dont un plus familier m'a forcé de saluer malgré moi. Bientôt j'aperçois nos tirailleurs disséminés dans la plaine et dans les vignes, et quelques balles passent à mes côtés. A gauche de la route ce sont les uniformes sombres des petits chasseurs et sur la droite les pantalons rouges des voltigeurs.
Le combat est des plus vifs, une fumée blanche d'où jaillissent des éclairs enveloppe nos hommes, l'horrible concert va toujours crescendo, c'est la splendeur de l'horrible.
Néanmoins, l'instinct de la conservation m'oblige à chercher un abri derrière un gros arbre. Contre un obus ce serait un faible rempart, mais il me garantit des balles.
A ce moment, il me semble que nos hommes font un mouvement de-retraite; mais non, ce sont des soldats qui ramènent une troupe assez nombreuse de prisonniers. Ces hommes portent au lieu du casque à pointe des schakos avec une croix blanche.
222 Metif 1870,
Ils sont accompagnés d'un aumônier français, Tabbé Lancier, qui s'entretient avec eux en épongeant son front baigné de sueur. Le pauvre homme est littéralement gris de poussière.
Je m'approche et j'offre ma gourde à l'abbé qui me demande la permission de la passer à son voisin, un grand jeune homme blond à l'œil bleu, au teint pâle, à l'air doux.
tt Ce sont, me dit l'aumônier^ des Polonais du grand-duché de Posen que nos hommes ont pris dans les fermes des Tapes, en train de boire et de mettre le feu aux bâtiments. Ils ne sont pas tendres, vous le savez, pour les incendiaires, et ces pauvres gens avaient beau dire qu'ils se rendaient, qu'ils . étaient Polonais, on en faisait un affreux carnage lorsque je suis arrivé.
« A ma vue, ils se sont précipités vers moi, en me baisant les mains et en criant : Polen! Polen! Ca-^ tholick * ! Les malheureux s'attachaient à ma soutane. Ce spectacle a ralenti la fureur des soldats, et j'ai profité d'un instant de répit pour les obliger à les faire prisonniers. Aussi sont-ils ravis, les pauvres enfants, d'en être quittes à si bon compte ; surtout depuis que je leur ai promis qu'on les traiterait avec douceur. »
Pendant cette conversation, nous étions revenus à la Maison- Rouge où les prisonniers ont été accouplés et de là dirigés sur les forts, après qu'on eut