‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 132 sur 162 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

La vie des camps. — La pluie. — La mortalité. — Encore

la question des vivres. — Protestations contre Téven-

tualité d'une capitulation. — Les commandants de la garde

nationale reçus par le maréchal Bazaine. — Nouvelles

de rintérieur transmises aux troupes.

Après l'inutile tentative du 7 octobre, dans laquelle nous avions perdu plus de 1,200 hommes pour un résultat absolument négatif, l'armée avait repris ses cantonnements habituels ; et dès lors il fut tacitement convenu que Ton attendrait sans bouger le résultat des événements extérieurs. On ne comptait plus sur un effort du général en chef; il devenait trop évident que sa volonté bien arrêtée était de rester sous les murs de Metz, et l'on s'étonnait même que cette idée, une fois implantée dans son esprit, il eût sacrifié tant de braves gens dans les dernières affaires *.

I. L'affaire du 7 octobre a été depuis comparée à celle de Buzenval durant le siège de Paris. « Ah! ils veulent se battre, aurait dit le maréchal Bazaine, eh bien, je leur en fournirai l'occasion. » Telle est la réponse qui aurait été faite à ceux qui se faisaient l'écho des plaintes de l'armée, lasse de son inaction.

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Dès lors, chacun s'arrangea pour s'accommoder le mieux possible aux circonstances présentes et les régiments prirent leurs mesures pour s'installer plus commodément dans leurs campements. Bientôt, grâce au génie industrieux de nos soldats, on vit s'élever des gourbis, sortes de huttes formées avec des frondaisons habilement entrelacées, des baraques faites avec des planches maraudées çà et là, voire des maisons en pierre, construites sans plâtre ni ciment, à la façon des murailles cyclopéennes.

Au camp de Bellétange, qui confinait l'admirable pépinière de M. Simon-Louis, on s'était livré à de véritables travaux d'art. Ce camp était occupé par le 5 1® de ligne, ayant à sa droite, vers la route de Grigy, le i8® bataillon de chasseurs et la compagnie de partisans et à sa gauche le 62® de ligne qui faisait brigade avec lui. Les deux premiers bataillons occupaient un vaste champ et étaient séparés par un petit ravin du troisième bataillon. Ce dernier campait dans un autre champ bordé par la route de Borny, dont on apercevait le petit château avec ses grands arbres et sa tour crénelée.

Dans cette inactivité forcée, mon ami Estienne avait développé toute les ressources de son génie inventif. Il avait commencé par jeter un pont sur le ravin plus facilement et à moins de frais que n'eût pu le faire un ingénieur de profession. Puis, il avait élevé des gourbis et bâti une véritable maison, dont la porte seule était uîi chef-d'œuvre. N'ayant pas de gonds pour la faire pivoter sur son axe, il avait ima-

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