‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 134 sur 162 · Chapitre Vingt et unième · texte numérisé non relu

Chapitre Vingt et unième

mente tant en ville que dans les ambulances. Mon blessé, lui, ne semble pas s'en apercevoir; la jeunesse aidant, l'appétit a repris le dessus et de telle façon qu'on est obligé d'en modérer l'intempérance. Mais tous ne s'en sont pas si heureusement tirés. Le 9 octobre, le chiffre officiel des pertes éprouvées par l'armée de Metz se monte à 38,t38 hommes, tués, blessés ou disparus. En ville, les gens malades ou de complexion délicate, et surtout les enfants, succombent aux privations et au mauvais air. La moyenne des décès y est de 18 à 19 par jour. C'est aussi à partir de ce Jour que la ration de pain de l'armée est brusquement réduite de 5 00 grammes à 3 00.

On dirait que Ton prend à tâche de décourager et la ville et l'armée, les bruits les plus contradictoires continuent à circuler. On a vu des voitures d'officiers généraux s'arrêter à la porte d'un tailleur de la rue du Petit-Paris. Par l'indiscrétion d'un ouvrier, on a su qu'un général français se faisait faire des habits bourgeois, et l'on raconte, à qui le veut entendre, que c'est le général Bourbaki qui va chercher l'impératrice et le prince impérial pour les ramener à Metz et faire reconnaître ce dernier par les troupes : le pavois mérovingien !

D'autre part, on a reçu l'ordre aux avant-postes de ne tirer que pour se défendre. Je suis allé en effet à la grand'garde de Bellecroix, sur la route de Boulay. Là, comme je voyais à bonne portée un officier prussien qui lorgnait de notre côté, j'avais déjà saisi une excellente carabine dont j'étais porteur, pour

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le dégoûter de sa curiosité, lorsque l'officier de tranchée m'a empêché de tirer. « Nous avons, m'at-il dit. Tordre de ne pas tirer les premiers, sans quoi, a-t-il ajouté, il y a longtemps que je l'aurais fait descendre par mes hommes, ce grand serin là. »

Tout cela se dit, se colporte en ville et augmente l'animation des habitants, accrue déjà par les craintes que lui fait éprouver la question des vivres. Coup sur coup deux tardives résolutions ont été prises, l'une enjoignant aux détenteurs de blés et de farines d'en faire la déclaration avant le 1 1 octobre, et l'autre datée du i o du même mois, interdisant la sortie de la ville aux blés, farines et denrées fourragères. Enfin le bruit court que — tardivement encore — les boulangers ne pourront désormais délivrer du pain qu'aux porteurs de cartes de consommation.

Il faut laisser ici la parole au conseil municipal de Metz, qui explique ainsi et justifie les appréhensions des habitants.

a Dans l'intervalle venait de se produire, les 1 2 et 1 3 octobre, un grave incident. Pour compléter la mesure de réquisition des blés et farines dont l'arrêté du 1 5 septembre avait prescrit le recensement chez les particuliers, le commandant supérieur avait, le 7 octobre, enjoint à tous les détenteurs de ces denrées de venir en faire à l'hôtel de ville la déclaration, avant le terme du 1 1 de ce mois (V. plus haut). Il avait, en même temps, institué des com-

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