Chapitre Vingt et unième
missions mixtes de perquisition, chargée de contrôler, par des visites domiciliaires, les déclarations. Ces commissions, composées de membres du conseil et d'officiers, étaient réunies le 12 au matin à l'hôtel de ville, pour commencer leurs opérations, quand le général Coffinières, qu'on n'y avait guère vu jusque-là, s'y présenta lui-même et leur déclara que, par ordre du maréchal Bazaine, c'est, non pas aux greniers de la ville, comme on l'avait annoncé, mais aux magasins de l'armée que devront être portés les grains qu'on va recueillir. Il ajoute que du reste, l'armée est près de nous quitter et qu'elle s'éloignera, soit en se frayant un passage par la force, soit par suite d'un arrangement {sic)^ que la ville alors restera exposée à un bombardement inévitable, car les Prussiens, sans s'arrêter aux lenteurs d'un siège méthodique, ont l'intention de brusquer ainsi l'attaque des places qu'ils veulent enlever. On devra s'attendre dès lors, dit-il^ à des choses effroyables (sic). »
On ne s'imagine pas un pareil langage de la part d'un commandant supérieur, chargé de maintenir l'énergie dans la population et non de l'énerver ; on verra plus loin que de semblables essais d'intimidation furent tentés sur l'armée ; ils devaient avoir bien peu de prise sur ses soldats héroïques, mais on n'osa pas moins s'en servir.
Le lendemain, une lettre cette fois du général Coffinières, apprenait au conseil l'horrible situation des subsistances, et réquiérait le maire de
232 Met^ iSjo.
mettre en commun les subsistances de la ville et de l'armée.
L'indignation dicta immédiatement au conseil une adresse au général, dans laquelle il exprimait son douloureux étonnement d'être si tardivement instruit de la situation de l'armée.
Le général répondit de suite à cette adresse par la lettre suivante :
« Met\, le 14 octobre 1870.
a Monsieur le Maire,
a Le conseil municipal de Metz m'a fait l'honneur de m'adresser une lettre dans laquelle il exprime les sentiments les plus nobles et les plus patriotiques.
« Je m'empresse de vous remercier de cette manifestation qui est loin de me surprendre, car je n'ai jamais douté de l'ardent concours que la population de Metz donnera aux troupes chargées de la défense de notre forteresse. Vous pouvez compter également sur l'énergie avec laquelle nous accomplirons notre devoir. Tout ce qui sera humainement possible de faire, nous le ferons sans aucune hésitation. Mais je vous prie de dire à vos administrés que, pour atteindre ce résultat désiré par tous, il faut surtout le calme qui caractérise les gens fermement résolus, et qu'il importe de rester unis, en évitant avec soin tout ce qui pourrait ressembler