‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 136 sur 162 · Chapitre Vingt et unième · texte numérisé non relu

Chapitre Vingt et unième

à l'indiscipline, à la sédition et aux vaines déclamations; // importe surtout d'exclure la politique de nos préoccupations, parce que la politique est un dissolvant qui ne peut que troubler l'harmonie qui doit régner parmi nous,

a Un gouvernement de fait existe en France ; il a pris le titre de gouvernement de la défense nationale ; nous devons reconnaître ce gouvernement et attendre les décisions qui seront prises par rAssemblée constituante élue par le pays. En attendant sa décision, nous devons nous rallier au cri que vous poussez vous même : « Vive la France! Ti

a Vous me dites que la population a été péniblement surprise d'apprendre que les ressources en subsistances étaient très-limitées. Il était cependant facile de se rendre compte que, lorsqu'une population civile et militaire déplus de 23o,ooo âmes a tiré pendant deux mois tous ses vivres d' une place comme Metz, il ne doit plus rester que de faibles ressources.

a Du reste, je n*ai jamais fait mystère de cette situation des subsistances; la réduction de la ration de l'armée, les recensements faits en ville, les mesures prises pour assurer le service de la boulangerie, et les conversations que j'ai eues soit avec M. le Maire, soit avec des habitants de la ville, démontrent suffisamment l'épuisement progressif de nos vivres.

« Il serait d'ailleurs inutile de récriminer sur le

234 Met![ 1870.

passé et de rejeter la responsabilité sur les uns ou sur les autres.

« Envisageons courageusement la situation telle qu'elle est, et, comme vous le dites avec beaucoup de raison, subissons-en les conséquences avec énergie et avec la ferme résolution d'en tirer le meilleur parti possible.

« Le général de division, commandant supérieur de la place de Metz,

a F. COFFINIÈRES. »

Malgré le ton embarrassé et les lieux communs de cette réponse, la reconnaissance explicite du nouveau gouvernement satisfit, dans une certaine mesure, l'opinion qui, deux jours auparavant, avait poussé des officiers de la garde nationale à enlever, aux acclamations de la foule, l'aigle qui surmontait le drapeau de l'hôtel de ville.

Cette lueur d'espérance fut bien vite dissipée, lorsque l'on apprit, par des indiscrétions, le départ des généraux Bourbaki et Boyer, coïncidant avec un double projet de restauration bonapartiste et de capitulation. Dès lors la méfiance contre le maréchal Bazaine devint générale, non-seulement en ville, mais dans l'armée ; on ne se gênait pas pour l'exprimer, et ces propos étaient rapportés au général en chef par les argus qu'il avait à sa disposition.

Les journaux se font l'écho des plaintes des ha-

Page 1