‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 15 sur 162 · Chapitre Troisième · texte numérisé non relu

Chapitre Troisième

abattoirs, côtoyer le camp formé dans Tîle de Chambière, qui sert ordinairement de polygone aux élèves de TÉcole d*application. Je ne me lasse point pour ma part de visiter ces villages nomades, et, lorsque j'en ai Toircasion, d'y étudier le soldat sur le vif.

Rien n'est plus varié, plus animé que le spectacle de cette vie sous la tente, où l'homme, toujours aux prises avec la nécessité, supplée à ce qui lui fait défaut par son ingéniosité.

Les campements ne sont pas précisément des EldoradoSf surtout lorsque éclate un orage comme celui de la nuit dernière, et c'est merveille de voir comme nos soldats supportent tout, s'accommodent de tout et savent tirer parti de tout.

C'est là, je crois, après son élan endiablé, une des principales qualités du troupier français, toujours de bonne humeur et prêt à rire des mille petites infortunes auxquelles l'assujettit la vie de campagne, pourvu, selon sa pittoresque expression, qu'il ait quelque chose à se mettre dans le coco!

Il faut le voir avec sa veste, son pantalon court et ses guêtres lacées, son képi légèrement en arrière^ une paille dans la bouche^ une baguette à la main, courtisant quelque margot des environs; tel qu'il est il a l'air d'un jeanjean. Dans peu de temps, lorsque le grand air l'aura bruni, que ses moustaches auront poussé et que la fatigue aura fait tomber son embonpoint, ce sera un petit héros.

Un autre écrit à sa famille sur une marmite ren-

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versée qu'il tient entre ses jambes; celui-ci raccommode les accrocs survenus à ce vêtement indispensable que ne nomment point les Anglaises.

Parfois, en passant devant une tente d'officier, j'aperçois un piocheur assis sur un pliant, une carte déployée sur un X et cherchant le chemin le plus direct pour aller à Berlin. D'autres, moins studieux, fument étendus sur Therbe grillée^ ou bien offrent galamment le bras aux dames qui se hasardent à visiter les camps.

Par malheur pour eux^ les dames de Metz sont un peu plus farouches que nos alertes Parisiennes, et je doute que le camp de Chambière reçoive autant de belles visiteuses que celui de Saint-Maur.

Il offre pourtant un beau coup d*œil. L'emplacement est superbe; le Champ de Mars de Paris y danserait une sarabande; puis le paysage est vraiment délicieux : au loin la Moselle et les coteaux verdoyants de Saint-Julien font une ravissant horizon.

Saint-Julien est relié au camp par un pont suspendu, c'est pour Metz ce qu'était la Râpée pour les Parisiens au temps où florissait Paul de Kock.

Les zouaves, qui campent non loin de là, ont adopté ce joli pays. La Moselle passe auprès, les eaux y sont basses en ce moment, et on les voit, par centaines, les jambes nues chercher sous les pierres de la rivière les écrevisses qui se cachent, et le poisson emprisonné dans les trous.

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