‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 143 sur 162 · Chapitre Vingt-deuxième · texte numérisé non relu

Chapitre Vingt-deuxième

loyalement notre situation, bien persuadé que vos âmes viriles seront à la hauteur de ces graves circonstances. Autour de nous est une armée qui n'a jamais été vaincue et qui s'est montrée aussi ferme devant le feu de l'ennemi que devant les plus rudes épreuves. Cette armée, interposée entre la ville et l'assiégeant, nous a donné le temps de mettre nos forts en état de défense et de monter sur nos remparts plus de six cents pièces de canon ; enfin , elle a tenu en échec plus de 200,000 hommes. — Dans la place, nous avons une population pleine d'énergie et de patriotisme , bien décidée à se défendre jusqu'à la dernière extrémité. — Si nous avions du pain , cette situation serait parfaitement rassurante, malheureusement, il n'en est point ainsi. — J'ai déjà fait connaître au conseil municipal que, malgré la réduction des rations, malgré les perquisitions faites par les autorités civiles et milijaires, nous n'avions de vivres assurés que jusqu'au 28 octobre. — De plus, notre brave armée, déjà si éprouvée par le feu l'ennemi, puisque 42,000 hommes en ont subi les atteintes, souffre horriblement de l'inclémence exceptionnelle de la saison et des privations de toute sorte. Le conseil de guerre a constaté ces faits, et M. le maréchal commandant en chef a donné l'ordre formel , comme il en le droit, de verser une partie de nos ressources à l'armée. — Cependant , grâce à nos économies, nous pouvons encore résister jusqu'au 3o courant, et notre situation ne se trouve pas encore sensible-

14^ Met^ 1870.

ment modifiée. Jamais, dans les fastes militaires, une place de guerre n'a résisté jusqu'à un épuisement aussi complet de ses ressources, et n'a été aussi encombrée de blessés et de malades. Nous sommes donc condamnés à succomber, mais ce sera avec honneur, et nous ne serons vaincus que par la faim. L'ennemi qui nous investit péniblement depuis plus de soixante-dix jours, sait qu'il est près d'atteindre le but de ses efforts; il demande la place et l'armée, et n'admet pas la séparation de ces deux intérêts Quatre ou cinq jours de résistance désespérée ri auraient d autre résultat que d aggraver la situation des habitants. Tous peuvent, d'ailleurs, être bien convaincus que leurs intérêts privés seïont défendus avec la plus vive sollicitude. Sachons supporter stoïquement cette grande infortune et conservons le ferme espoir que Metz, cette grande et patriotique cité restera à la France.

Met\, le 2 y octobre 1 8'jo.

« Le général commandant supérieur, « F. COFFINIÈRES. »

Les habitants lurent cette proclamation en ouvrant leurs magasins de grand matin , comme c'était l'usage à Metz, appelé par un voisin, je descendis à demi vêtu dans la rue et vint me mêler au groupe qui se pressait devant l'affiche,

Page 1