Chapitre Vingt-deuxième
stupeur peinte sur les visages. Les marchands causaient devant leurs boutiques à moitié ouvertes, s'interrogeant Fun l'autre, les femmes formaient des groupes, parlant à voix basse, quelques-unes pleuraient.
Au café, nous trouvâmes un grand nombre d'officiers réunis. On discutait le projet mis en avant par le général Clinchant et le colonel Boissonnet, et qui consistait à faire une trouée avec 20,000 hommes et tous les officiers qui voudraient échapper à la honte d'une capitulation. Mais dans la journée, paraît-il, le maréchal Bazaine instruit du projet de M. Clinchant lui fit défense d'y donner suite.
Vers la fin de la journée, nous apprîmes que le conseil municipal venait de se réunir, et que des officiers délégués de la garde nationale avaient été introduits auprès des membres de l'édilité messine. M. A bel, chef d'état-major, venait proposer le concours absolu de la garde nationale, si une défense désespérée était encore possible. Dans le cas contraire, il se faisait l'interprète de la garde civique en demandant à remettre ses armes avant l'entrée de l'ennemi dans la place. Le conseil après avoir pris l'avis du commandant supérieur, répondit qu'il serait fait droit à cette demande et les officiers délégués sortirent consternés de l'hôtel de ville.
U n moment on avait fait espérer aux habitants que l'ennemi n'entrerait point et se contenterait d'occuper les forts; mais il fallait perdre cette dernière espérance. Metz protégé par ses forts, par ses rem-
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parts hérissés de canons, par une garnison de 20,000 hommes et une population virile, par toute une armée la plus brave du monde; Metz la ville vierge, la ville imprenable, allait ouvrir ses portes sans tranchée ouverte, sans brèche praticable, sans assaut au corps de la place ; la stupeur et la colère furent immenses.
Tout à coup dans la foule frémissante qui se pressait devant l'hôtel de ville, il se produisit une incroyable réaction de fareur. Elle se précipita vers la cathédrale, en enfonça les portes avec ses poitrines et s'élança dans une des tours. Quelques hommes vigoureux se pendirent à la Nutte, et l'immense cloche que les Messins n'entendent qu'aux jours de fête ou de deuil public, fit retentir jusqu'aux campements ennemis le tintement funèbre du tocsin.
Les gardes nationaux arrivaient sans armes la plupart, prenant en chemin leurs chassepots aux soldats qui les laissaient faire. Un capitaine de carabiniers, l'œil en feu haranguait la foule accompagné d'un officier d'infanterie : « Venez, mes amis, disait ce dernier, je marcherai avec vous ; je joue ma tête, mais je m'en f... »
Dans un autre groupe, le rédacteur d'un journal de Metz fort surexcité et monté sur un grand cheval, chantait \di Marseillaise en déchargeant son pistolet en l'air. Une assez jolie femme, forte, élancée, taillée en déesse de la Liberté tenait son cheval par la bride. On court aux arsenaux on en rapporte des armes, des munitions, et la foule se dirige vers la