‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 146 sur 162 · Chapitre Vingt-deuxième · texte numérisé non relu

Chapitre Vingt-deuxième

rue de la Princerîe, où se trouve l'hôtel du général Coffinières.

L'hôtel était bien gardé; néanmoins le général consent à recevoir deux délégués qui lui font entendre de dures vérités. On revient sur la place où l'on voile de noir la statue de Fabert. Enfin un garde national, le drapeau tricolore à la main, proclame la République. Mais une troupe armée envahit la place; ce sont les voltigeurs et les grenadiers de la garde qui balayent lentement la foule et se rangent en bataille devant l'hôtel de la division.

Toute la soirée les gardes nationaux se heurtent contre cette muraille vivante, l'arme au pied, impassible devant l'attitude tour à tour menaçante jet suppliante des habitants. Peu a peu cependant la foule s'éclaircit, la pluie, le froi^, la fatigue ont raison des plus résolus; chacun rentre chez soi, non pour dormir, mais pour tressaillir aux sons lugubres du tocsin qui sonne toute la nuit.

Aux premières lueurs du jour; une partie des officiers accompagne les soldats qui achèvent de déposer leurs armes dans les forts ou à l'arsenal; l'autre a la triste mission de les conduire, munis de leurs sacs et de leurs effets, vers les lignes prussiennes.

Officiers et soldats portent sur leur figure l'empreinte du désespoir. On marche lentement, comme pour retarder le moment de la sépartion. Enfin, on arrive auprès de l'ennemi, devant lequel il va falloir défiler tête basse, après l'avoir vu tant de

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fois reculer. Les soldats pleurent de rage; ils cherchent les mains de leurs officiers, les pressent dans une suprême étreinte. Ceux-ci retiennent leurs larmes, encouragent leurs pauvres tringlots, et se détournent pour essuyer leurs yeux, afin de ne pas rendre l'ennemi témoin de leur douleur. C'est navrant! Il faut se séparer. Les soldats du 5i® crient vive la France ! en défilant. Quelques officiers prus siens saluent et nous nous enfuyons éperdus, oppressés, incapables de supporter plus longtemps ce spectacle.

La porte Mazelle vient d'être occupée par le 19® régiment d'infanterie prussienne. Un coup de canon, le dernier que nous entendrons, annonce à Metz, la pucelle, qu'elle vient de perdre sa virginité.

Les premiers Allemands qui entrent dans la ville sont des médecins de l'Internationale et quelques officiers donnant le bras à des filles crottées.

Ils affectent de saluer nos blessés, qui semblent indifférents à la courtoisie teutonne.

Le protocole de la capitulation est affiché, on y promet le respect des personnes et des propriétés, mais les habitants sont peu confiants dans ces promesses ; ils craignent pour leurs femmes, pour leurs filles ; les fenêtres sont closes et les boutiques entr ouvertes prêtes à être fermées.

Dans la rue, c'est un désordre, une confusion inexprimable ; on y voit peu de femmes ; elles sont toutes en noir. Nos hommes évacuent les casernes.

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