Chapitre Vingt-deuxième
qui sont occupées une à une par les Prussiens; chacun fait ses préparatifs de départ. C'est à l'hôtel de la division qu'un jeune oflicier prussien, parlant assez bien le français, distribue au officiers de tout grade leur feuille de route. La salle est pleine, et la hiérarchie militaire confondue; on se presse pour arriver premier jusqu'au bureau.
L'officier allemand saisit ce moment pour réclamer un moment de silence et fait connaître aux officiers présents que l'on rendra immédiatement à la liberté ceux qui donneront leur parole de ne pas servir contre l'Allemagne pendant la durée de la guerre. Une rumeur d'indignation interrompt l'orateur qui juge inutile de continuer.
A rhô tel de l'Europe, où vient de descendre le général vonfKummer, de la landwehr, accompagné d'un nombreux état-major, d'espions, etc. On chasse tous les locataires de leurs chambres pour les donner à messieurs les Prussiens. Il en est de même dans les autres hôtels, malgré la résistance de leurs propriétaires.
U Indépendant de la Moselle paraît encadré de noir. Ce journal accuse hautement Bazaine de trahison et publie la réponse d'un riche minotier, M. Bouchotte, au maréchal qui le voulait décorer : « Je ne puis recevoir la croix de la main qui vient de signer la capitulation de Metz. »
M . Paul Odent a cessé ses fonctions de préfet, il est remplacé par le comte Henckel von Donnesmark, gouverneur de l'Alsace- Lorraine, c'est le pre-
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mier, ce ne sera pas le dernier, car la place est difficile à tenir.
Bientôt, nous entendons un étrange charivari : ce sont les troupes ennemies qui, sous la pluiebattante font leur entrée triomphale en jouant les airs les plus gais de leur répertoire. Les rues se vident à leur aspect, les fenêtres entr'ouvertes se ferment avec fracas, aussi les boutiques, et c'est dans une ville déserte qu'entrent les vainqueurs. Seul un officier d'infanterie française s'avance au milieu de la chaussée que montent en ce moment plusieurs escadrons de cavalerie ennemie. Pâle, les bras croisés, il semble défier le régiment tout entier, sts yeux lancent des éclairs. Un officier supérieur comprend sans doute cette héroïque folie, car il salue Tofficier de son épée et ordonne à ses hommes de s'écarter devant lui.
Chemin faisant nous rencontrons des chevaux sans maîtres qui vaguent au hasard ; ce sont des cavaliers prussiens qui ont jugé à propos de s'adjuger des écuries particulières et de chasser à coups de houssine les chevaux qui s'y trouvaient. Au reste il se fait un incroyable trafic de chevaux ; les officiers prisonniers désireux de faire argent de tout, vendent leur montures à des prix dérisoires. Plus d'un maquignon a fait là sa journée.
La nuit vient, on entend les soldats allemands frapper aux portes pour demander le logement et crier dans leur jargon lorsque l'on tarde à leur ouvrir. Je rentre harassé de fatigue et brisé d'émotions pour me préparer aussi au départ. Mes amis me