‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 18 sur 162 · Chapitre Quatrième, 3i · texte numérisé non relu

Chapitre Quatrième, 3i

munitions en abondance, puisque Metz est le Wolwich de la France, et les soldats sont prêts aussi.

A ce propos, un joli mot du général Colson.

On discutait hier devant lui la valeur relative des fusils à aiguille, Dreyse et des chassepots.

a Avoir des fusils à aiguille,, c*est très-bien, dit le général, mais ce qui vaut mieux encore ce sont des hommes à aiguille, et c*est nous qui les avons. »

Battons-nous donc, puisqu'il le faut, mais que cela serve à quelque chose au moins ; que le sang versé retombe sur le provocateur et que cette guerre soit la dernière.

23 juillet.

, Un bruit assez étrange est venu jusqu'à nous. L'on me dit que les journalistes sont à l'index et qu'il nous sera défendu de suivre l'armée, dans la crainte que nous ne divulguions le secret des opérations militaires. Cette mesure, dont M. Lebœut est, dit-on, le promoteur, est peu flatteuse pour notre intelligence et pour notre patriotisme, et on la trouve d'autant plus inutile et vexatoire qu'elle sera certainement éludée par ceux-là mêmes dont on croit avoir à redouter les indiscrétions,

c Ceux qui veulent enchaîner la pensée, disait Milton, me rappellent la sottise de ce gentilhomme qui faisait fermer les grilles de son parc pour empêcher les corbeaux d'en sortir. »

32 Met:( i8-/0.

Toute Topportunité de la mesure est dans cette citation.

Les journalistes seront, paraît-il, remplacés par un M. Debains, rédacteur dans un ministère quelconque, qui sera Thistoriographe des hauts faits du chef de l'Etat et de sa progéniture. Jadis on prenait Boileau ou Racine, nous sommes tombés dans Tabbé de Pure.

J'ai aperçu ce M. Debains au café Parisien ; c*est un grand garçon, assez insignifiant, sanglé dans un uniforme vert, une barbe noire, et qui porte sa tête comme un Saint-Sacrement.

24 juillet.

C'est aujourd'hui dimanche ; les boutiques sont fermées. La population est dans les rues ou dans les églises.

Hier, les officiers de tous les corps présents à Metz avaient reçu l'invitation de se rendre à la messe basse qui a été célébrée à sept heures du matin dans la cathédrale.

Un petit nombre avait cru devoir se rendre à l'invitation. Une centaine d'uniformes dans l'immense nef de l'église, à peine si cela se voit. Il est vrai que c'étaient surtout ceux des officiers supérieurs et des généraux.

Sans un affreux portail Louis XV qui la déshonore, la cathédrale de Metz serait, avec celle d'Amiens, le plus beau spécimen de l'art gothique que nous possédions en France.

Page 1