‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 19 sur 162 · Chapitre Quatrième · texte numérisé non relu

Chapitre Quatrième

Simple oratoire au v® siècle, sous l'invocation de Saint-Étienne, elleest devenue église métropolitaine et, moins le portail précité, qui date de 1764, elle fut achevée vers le milieu du xvie siècle.

A peine a-t-on franchi la porte, on est surpris de l'élévation de la nef et du grandiose architectural de l'ensemble. Comme ces grands tailleurs de pierre s'entendaient bien à inspirer la religieuse terreur I Ils avaient la foi.

Les vitraux, qui sont fort beauxj appartiennent à la meilleure époque de la peinture sur verre au moyen âge, quelques-uns ont été remplacés par * M. Maréchal, un grand artiste dont nous avons admiré les chefs-d'œuvre à l'exposition de t 867.

L'église est fort nue du reste et ornée d'affreux autels en style rococo qui témoignent une fois de plus du peu de goût des fabriques.

La seule curiosité, c'est un suisse affublé d'u costume rouge et bleu, à faire pâlir les marchands d'orviétan et de vulnéraire suisse. Ce brave homme fait la joie des officiers ; c'est Fontanarose, dit l'un; non, dit un autre, c'est un polichinelle pour amuser le bon Dieu.

En revenant au café Parisien j'aperçois le crieur de journaux — c'est un muet qui souffle dans une trompette — auxprises avec les consommateurs qui s'arrachent les journaux de Paris, En un clin d*œil, la marchandise est enlevée et le petit gnome s'en va la poche gonflée de sous.

C'est si bon d'avoir des nouvelles de Paris I On

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parcourt d'abord des yeux; souscription patriotique, garde mobile, la France se lève, procès de Blois — on n'y pense guère — mort de Prévost- Paradol. — En voilà un qui n'a pas eu le temps de profiter de son changement de front. A la quatrième page, le Rhin allemand mis en musique par un monsieur.

Quelle manie d'arranger en marche ou en pas redoublé cette admirable explosion de patriotisme si fièrement insolente ! Quelle rage de gâter un chefd'œuvre !

On referme soigneusement son journal et on l'emporte chez soi pour le lire depuis la première ligne jusqu'à la signature de l'imprimeur.

25 juillet.

On ne parle aujourd'hui que de la prétendue trahison d'un curé de Thionville, l'abbé Scher, qui aurait envoyé aux Prussiens un plan des fortifications dissimulé dans une caisse de salaisons, et dont l'arrestation aurait été immédiatement opérée.

Ce fait me paraît tellement étrange et odieux, qu'il faut^ je crois, attendre sa confirmation. D'autant plus que personne n*ignore que les Prussiens ont le dessin de toutes nos places fortes^ de même que nous avons le tracé des leurs.

Il est aussi question d'un engagement de cavalerie dans lequel un escadron de chasseurs de France aurait fortement houspillé un parti de hulans, en deçà de la frontière. C'est un petit, bien petit succès.

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