Chapitre Cinquième
découvert à ma droite le presbytère. Que l'on se figure une petite maison de paysan, blanche, proprette, couverte par une vigne en espalier et dont le rustique jardin est clos par un mur à moitié écroulé et des planches disjointes. Il y croît plus de légumes que de fleurs, j*y vois pourtant quelques rosiers taillés avec soin et des plantes médicinales : la camomille^ la bourrache et la mauve. Autour du jardin, d où s'exhale une vague senteur de miel, coule un ruisselet, à moitié caché sous la verdure touffue des liserons, des plantains, des orties blanches et de vingt autres plantes balsamiques dont les noms m'échappent.
Le silence est seulement interrompu par le bourdonnement des abeilles qui butinent en courant^ par le murmure de l'eau qui jase sur des cailloux ou le gloussement timide d'un caneton égaré.
Au loin, retentissent faiblement encore les fanfares delà i'« division. Je retourne à l'auberge, dans la chambre que décore un lit à baldaquin et à courte pointe de cotonnade, et que pour nous honorer Trunzler a mise à notre disposition, je trinque avec son père, qui parle de s'engager, en dépit de ses soixante-cinq ans, et, Figaro chaussé de neuf, je reprends le chemin de Boulay.
Après avoir gravi la côte, du haut de laquelle on découvre le château de Ladonvilliers, on longe un ruisseau qui file entre les saules et qu'on franchit bientôt sur un petit pont en pierre : c'est, me dit un paysan, la Nied française (prononcez Nide). Mon
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interlocuteur qui aime parler me raconte qu*à cet endroit, en 1814, des frapcs-tireurs, volontaires des villages environnants, arrêtèrent, durant toute une nuit, une forte colonne prussienne qui marchait sur Metz.
La route descend ensuite au milieu d'un long village qui en borde les deux côtés, c'est Condé- Northen, situé presque au confluent des deux Nied ; une demi-lieue plus loin je traverse Volmérange pour m 'engager dans la plaine qui précède Boulay et où les ^acrj/îca/ewr^ de l'armée, les manches retroussées jusqu'au coude, assomment et saignent sans désemparer le troupeau de victimes dont va se repaître une division affamée.
J'entre dans la ville ; la rue principale est encombrée de soldats. On dirait des fourmis rouges à l'heure du travail. On les voit s'agiter en tous sens, courir, revenirsurleurs pas, sans un but apparent, bien que toutes ces marches et ces contre-marches aient leur raison d'être que nous ne soupçonnons pas.
En ce moment, le soldat, comme son officier, a deux objectifs principaux : manger et se reposer, et c'est à les atteindre qu'il s'applique uniquement. Comprenant bien que si je ne me presse, je cours le risque de ne pas dîner et celui plus grave de coucher à la belle étoile, je m'enfonce résolument dans le pays, je dépasse la place du marché et sa fontaine et j'arrive enfin devant l'hôtel de ville, à droite duquel est l'auberge du Bélier d'or. Son aspect confortable me séduit tout d'abord ; je jette