‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 3 sur 162 · Chapitre Premier · texte numérisé non relu

Chapitre Premier

puis, mais qui avait alors l'attrait de la nouveauté : badauds effarés, vendeurs de journaux et de cigares, militaires avinés qui rejoignaient leurs corps, hurlant la Marseillaise ou le Rhin allemand^ titubant, pleurant et riant à la fais, escortés, les uns de leur famille^ les autres d'une foule en délire^ bref, un brouhaha tel que les espions allemands durent, ce jour-là, prendre Paris pour une vaste maison de fous.

Je fendis, en jouant des coudes, cette foule houleuse et parvins, non sans peine, à prendre mon billet pour Metz. L'heure s'avançant, j'allai, muni de quelques journaux, m'enfoncer dans le coin d'un compartiment, le cœur un peu serré, sans trop savoir pourquoi. Je ne partais pas gaiement.

C'est dans ce coin sombre que je lus cette séance devenue tristement célèbre, dans laquelle on entendit maître OUivier déclarer que c'était d*un cœur léger qu'il entrait dans les voies de la guerre, et les plus fidèles serviteurs de l'empire étouffer sous leurs clameurs la voix prophétique de M. Thiers.

Doucement cahoté, je m'assoupis bientôt à la lueur tremblotante d'un lumignon, voilée par la fumée bleuâtre des cigares. A l'aube, la fraîcheur matinale me réveilla; le train s'arrêtait à Commercy.

1 6 juillet. ,

Je me préparais à examiner cette ville qu'ont rendue célèbre ses Madeleines et le cardinal de Retz, lorsqu'une exclamation de surprise se fit entendre

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à côté de moi. Je me retournai et reconnus à mon grand étonnement mon camarade d*Herbinville, avec lequel j'étais, sans m'en douter, parti de Paris et qui se rendait à Thionville.

Bientôt nous approchons de Frouard, point d'intersection de plusieurs lignes, où l'encombrement de la voie oblige à faire une assez longue station, et nous nous dirigeons vers Metz à travers les collines ondulées qui dojninent le cours de la Moselle.

Le pays est admirable : les blés jaunissent et la vigne rougit ; à travers les plants élancés du houblon, on voit la rouge et forte terre de Lorraine, et les maisons blanchies dont l'air de propreté décèle la richesse au moins relative de l'habitant, et la fertilité du territoire.

C'est bien là cette riante vallée qui d'Ausone, un faiseur de centons, fit un poëte. La rivière promène ses méandres argentés à travers de grasses et luxuriantes prairies reflétant ces coteaux où, selon le poëte, « la folie croît sur de vertes montagnes. »

A peine avons-nous dépassé la vallée de la Manse qui, tortueuse, monte sur notre gauche jusqu'au plateau de Gorze, que s'élève devant nous la ruine grandiose de l'aqueduc de Jouy. Nous passons à toute vapeur devant l'usine d'Ars^ et Metz nous apparaît superbe avec sa flèche altière et sa ceinture de murailles que nul vainqueur n'a dénouée ; majestueusement assise sur cette plaine immense qu'enserrent les eaux étincelantes de la Seille et de la Moselle.

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