‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 32 sur 162 · Chapitre Septième · texte numérisé non relu

Chapitre Septième

replient toujours, invisibles et insaisissables, dans les bois où ils se tiennent de préférence.

Les membres de la Société internationale de secours aux blessés sont arrivés ici. Presque tous sont médecins des hôpitaux ; ils appartiennent à diverses nationalités, et quelques-uns sont des célébrités, tels sont les docteurs Liégeois et Lefort. Ils sont habillés à peu près comme les officiers de marine , une croix rouge sur fond blanc à leur casquette et un brassard pareil au bras gauche.

D'autre part, les arrestations continuent^ on a emmené Tautre jour le comte de Sponecke que ses cheveux blonds et son accent étranger ont fait prendre pour un Allemand, tandis qu'il est un des glorieux vaincus de Dtippel. Pareille mésaventure est arrivée à M. Cameron, un Anglais qui parle très-peu le français, et qu'on a gardé deux jours, ainsi qu'à M. Simpson, correspondant de V II lustrated London News arrêté pendant qu'il dessinait une des maisons de la ville.

Informations prises^ ces messieurs ont été relâchés avec force excuses; mais je crains bien que la prévôté ne prenne la proie pour l'ombre et que les véritables espions , qui doivent foisonner dans une ville ouverte à tous venants, ne fassent en paix leur dangereux métier.

La seule distraction qui nous reste, en dehors du café et des sempiternelles discussions militaires, est d'aller le soir à l'Esplanade, la plus belle promenade de la ville, entendre la musique des régiments

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actuellement à Metz et voir les marmots danser en rond.

Un jardin anglais soigneusement entretenu, orné d^animaux en bronze, par Fratin, d'une jolie naïade et d'une énergique statue du maréchal Néy; de chaque côté des allées, de beaux marronniers feraient de l'Esplanade une promenade semblable à toutes celles du même genre, si des vieux remparts qui la bornent d'un côté l'on ne découvrait un admirable panorama de la vallée de la Moselle.

Au pied même des fortifications, la rivière entoure de ses sinuosités une immense prairie et l'île ombreuse du Saulcy où est établie la poudrerie. Dans le lointain, depuis Ars, dont on voit fumer les forges, se développe une gracieuse ligne de coteau qui vient se rattacher au mont Saint-Quentin, majestueux, formidable avec sa couronne de forts et d'oîi partent sur la droite les hauteurs qui dominent la plaine de Thionville. L'effet est magique lorsque le soleil disparaissant derrière le Saint-Quentin, l'horizon s'empourpre. La Moselle semble alors un long ruban d'or fondu, les montagnes s'effacent au loin dans des brumes violacées, et plus près, le Saint-Quentin se dresse sombre et se découpant en vigueur sur le ciel clair.

Les instruments de cuivre vibrant dans l'air pur apportent à mes oreilles l'air bien connu de nos chants nationaux, mais ceux qui l'emportent dans la faveur du public sont le Rhin allemand et la Marseillaise ; cette dernière surtout excite des

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