CHAPITRE VIII
Départ pour Sarre brûck, — M, Combier. — La gare de Forbach. — Sur une locomotive. — Styring-Wendel. — La voie rétablie. — Le poteau frontière. — Station prussienne, — Un avant-poste. — Les hauteurs de Spickeren. — La poupée abandonnée. — Le pont de Sarrebrûck. — Machine en arrière. — Le clairon prussien. — Forbach. — Les prison-
. niers. — Le Scholssberg. — Rencontre du 3« corps. —
Retour à Metz.
S aouti
Je SUIS parti ce matin avec le jeune Mortier pour Sarrebrûck. Nous avons pris à la gare de Metz un billet pour Forbach. Dans notre compartiment se trouve un monsieur décoré avec lequel nous engageons la conversation, et qui nous affirme que nous ne pourrons dépasser de beaucoup cette ville. C'est M. Combier, ingénieur principal de la ligne de TEst, qui va tenter de rétablir la voie ferrée, détruite par les Prussiens entre Styriiig et Sarrebrûck.
Nous le prions de nous permettre de Taccompagilen
— C'est qu'il y a dudanger^ nous fait doucement observer M, Combier.
58 Met:^ i8jo.
— Il n'y en aura pas plus pour nous que pour vous.
— Oui, mais moi je remplis mon devoir;
— Et nous notre métier.
— Qui êtes-vous donc ?
— Nous sommes journalistes.
— Soit alors^ je suis tout à votre disposition.
Le train s'arrête en gare de Forbach. Nous descendons et traversons les voies pour gagner une lo* comotive qui attend sous vapeur Tarrivée de l'ingénieur. Nous grimpons à sa suite sur ce véhicule nouveau pour nous, accompagnés par une demidouzaine d'ouvriers armés de pelles, de pioches, de marteaux, de clefs, de boulons, en un mot de tous les instruments nécessaires au rétablissement des rails.
Bientôt la puissante machine nous entraîne vers Styring. Nous sommes assis sur des blocs de charbon de terre, et le plancher de tôle trépide sous nos pieds. De temps à autre, on ouvre la gueule du monstre pour enfourner dans son ardent gosier plusieurs pelletées de charbon, une pluie de fumerons s^abat sur nous.
Il y a quelques minutes que nous avons quitté la gare de Forbach lorsque nous ralentissons notre marche pour prendre avec nous un cantonnier qui, prévenu par le télégraphe, attend l'ingénieur pour lui servir de guide.
C'est un homme d'une cinquantaine d'années^ mais agile et énergique; au point du jour^ il est