‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 35 sur 162 · Chapitre Huitième. 5g · texte numérisé non relu

Chapitre Huitième. 5g

allé seul par la voie jusqu'au pontde Sarrebrûck pour examiner les endroits où les rails ont été dérangés.

Nous passons lentement devant Tusine de Styrîng-Wendel, dont les hauts fourneaux, les cheminées fumant, les machines en pleine activité offrent un saisissant tableau de la puissance industrielle.

La locomotive ralentit encore sa marche au moment où nous nous engageons dans une profonde tranchée. M. Combler nous fait remarquer, à droite et à gauche, des chambres de mine creusées dans le roc, afin de combler, en cas de besoin, la tranchée au moyen d*une explosion formidable, mais elles ne sont pas chargées.

— Il faudrait, nous dit Tingénieur, plus de deux mois pour rétablir la voie, si on la détruisait par Ce moyen.

Au sortir de la tranchée^ nous entrons en plein bois dans une belle forêt aux arbres séculaires. Notre guide fait stopper la machine. Nous sommes à la frontière^. un poteau noir et blanc indique la limite franco-'prussienne ; encore quelques pas et nous Tavons franchie.

Nous descendons, pendant que les ouvriers remettent en état les rails que nos ennemis se sont contentés de déboulonner, dans Taimable intention j sans doute, de provoquer un accident. Nous suivons en flânant la voie ferrée sur laquelle poussent déjà des herbes sauvages* Sur les pentes gazonnées

6o Me/f 1870.

qui tapissent la lisière du bois croissent de grandes fleurs jaunes de la famille des mimosas, des bourraches, des campanules bleues, des menthes et des serpolets que Jean lapin doit brouter au clair de la lune. Sur la gauche, la forêt s'épaissit, c'est à peine si les troncs moussus des grands arbres sont striés par une étroite bande de lumière. Cest bien une forêt allemande ; on croit entendre le cor de Freyschûtz. A droite, au contraire, les arbres sont plus rares, leur feuillage moins dense et Ton aperçoit à travers leurs troncs un étang verdâtre, tout ensoleillé, à moitié caché par des roseaux , et sur lequel s'étalent en pleine lumière des nénuphars avec leurs larges feuilles et leurs coupes d'or.

La locomotive nous dépasse pour s'arrêter à quelques centaines de mètres en avant; nous la suivons à pied, flânant sous bois. A notre gauche, le terrain s'élève en formant talus, tandis qu'il s'abaisse à droite descendant vers l'étang, d'où paraît sortir un cours d'eau.

Le soleil est resplendissant. Nous buvons un coup à la gourde^ étanchons la sueur qui coule de nos fronts, et, marchant à découvert, nous atteignons bientôt le chalet d'un cantonnier allemand portant les numéros 5ô-5i, et occupé par un avant-poste du 77® de ligne.

Le derrière de cette maisonnette est en contre-bas dé plusieurs mètres. Un sentier assez rapide conduit en bas du talus; à cinquante mètres, sur un terrain en pente, au milieu d'arbres fruitiers, s'étend un

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