Chapitre Huitième, 6i
petit village, dont les habitants vaquent tranquillement à leurs occupations accoutumées, tandis que les enfants jouent avec nos soldats qui gaulent des pommes.
Au fond^ sur la gauche, est une source où nos hommes viennent chercher de Teau et d'où part un chemin sablonneux qui monte en serpentant vers les hauteurs bornant l'horizon, converties par les tentes du 2® corps. Ce sont les hauteurs presque inaccessibles de Spickeren.
Tandis que M. Combler monte auprès du général Frossard pour savoir si nous pouvons pousser plus avant, nous entrons dans le chalet du cantonnier. Tout indique un déménagement précipité ; quelques meubles hors d'usage, des chiffons^ des jouets d'enfant traînent dans les chambres vides, dont les croisées ont perdu presque tous leurs carreaux, la veille ce poste ayant été pris et repris deux fois.
Sur le plancher d*une chambre gît les bras étendus, jambe decij jambe/delà, une poupée dont let joues barbouillées de pleurs sans doute, les grands yeux bleu de faïence tournés vers le ciel, semblent le prendre à témoin de son injuste abandon. Elle est habillée d'une petite robe en cotonnade, un pied chaussé, l'autre nu, comme les Étoliens, et semble avoir perdu sa coiffure dans la bagarre. Je ramasse pieusement cette petite créature bourrée de son et la dépose sur la saillie d'une fenêtre ; peut-être, lorsque l'orage aura passé, retrouvera-t-elle sa pe-
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tite pro]>riétaire qui doit pleurer au souvenir de la poupée abandonnée.
Nous questionnons nos soldats sur Tafifaire de la veille en leur donnant du tabac dont ils manquent complétemeritj car il faudrait aller le chercher à Sarrebrûck et les habitants du village ne paraissent pas disposés à faire leurs commissions.
— Pourtant, monsieur, me dit un des soldats, nous ne leur avons pas fait de mal ; concevez-vous que ces brigands-là nous font payer 5o centimes un morceau de pain gros comme le poing et noir...
Nos hommes sont très-contents du chassepot et se croient capables de tout accomplir avec une pareille arme. Ils s*attendent à traverser la Sarre le lendemain.
Un capitaine survînt, c'est lui qui Commande ce poste avancé ; il recommande à ses hommes de faire bonne garde, car les Prussiens occupent les bois qui dominent le poste de l'autre côté de la voie, et d'un moment à l'autre ils peuvent en sortir à Timpro- Viste.
Aussi Tofficier paraît-il surpris lorsque nous lui disons que la locomotive est à deux ou trois cents mètres plus loin;
— Mais les malheureux vont se faire cartarder f s'écrie-t-il.
~ Eh bien^ nous allons les prévenir.
— Attendez, je vais vous donner deux hommes»
— Inutile, capitaine.
lii- Pardonj et quand cela ne serait que pour vous