Chapitre Huitième
éviter d*étre arrêtés par les sentinelles que je viens de placer sur la ligne ferrée pour empêcher les Prussiens de la détruire encore.
Nous partons accompagnés d'un caporal et d'un simple soldat et au moment où nous apercevons la locomotive, nous entendons un pas rapide derrière nous, c'est l'ingénieur qui vient de voir le général Frossard.
Impossible de dépasser sans un danger absolu la maison rouge que nous apercevons non loin de nous, précédant la Sarre qui la sépare seule du faubourg de Sarrebrtick dont on voit fumer les hautes cheminées. La ville n'est pas occupée par nos troupes comme nous le supposions et Ton dit le pont miné. . Quant aux Prussiens, ils infestent les bois qui sont sur notre gauche, et au moment dont nous parlons nous étions, sans nous en douter, au milieu d'eux.
Sur notre gauche, en effet, à une courte distance, nous entendons le son cuivré du clairon prussien et nous distinguons des commandements à haute voix.
Enfin le conducteur a vu et compris les signes que nous lui faisons, de peur d'attirer en criant quelques balles sur les malheureux ouvriers et sur nous-mêmes ; il fait machine en arrière et s'arrête pour nous embarquer.
Nous saluons de la main les soldats du poste et filons rapidement et sans bruit vers Forbach, où nous arrivons vers deux heures mourants de faim.
64 Met^ iSjo.
Après une légère réfection au buffet de la gare, nous avons encore deux heures devant nous pour reprendre le train de Metz; nous en profitons pour parcourir Forbach où nous voyons des prisonniers prussiens, et pour grimper au Schlossberg, haute colline en pain de sucre couronnée de ruines pittoresques, et dont les flancs sont garnis de bois.
Nous arrivons au sommet par un sentier en lacet, et juchés sur les débris du vieux château fort, nous contemplons le paysage qui nous environne et que nous dominons de plus de 3oo mètres.
A nos pieds est Forbach avec son église neuve qui rappelle un peu la Trinité de Paris et la vieille église toute grise et abandonnée, dans laquelle sont enfermés les prisonniers prussiens. Tout autour, des plaines ondulées la séparent d'une grande région boisée sur le bord de laquelle serpente une rivière qui alimente les usines de la petite et de la grande Rosselle dont on voit fumer les cheminées à l'horizon. Autre fumée plus à droite, c'est celle qui s'échappe des forges de Styring, sur l'extrême droite enfin les hauteurs de Spickeren que nous venons de quitter.
Une partie du 2® corps et le 3® corps tout entier campent autour de Forbach. Nous redescendons rapidement pour aller serrer la main à nos amis de la ire division, qui viennent justement d'arriver.Nous trouvons les officiers du 5 1® en train de faire planter leurs tentes. Pour le lieutenant Estienne, en sa qualité de membre de la Société entomologique, il