Chapitre Onzième
sert et nous nous dirigeons vers les hauteurs oU nous apercevons l'armée rangée dans un bel ordre de bataille. Le commandant du 4® corps a de bonnes positions et brûle d'en venir aux mains : « Celui-là, nous a dit un officier du 43®, ne se laissera pas prendre ses positions; c'est un malin, les Prussiens n*ont qu'à s*y frotter, d
Nous avançons toujours et bientôt nous tombons sur l'armée du grand prévôt, je veux dire les gendarmes qui nous barrent la route et nous demandent nos papiers. J'entre en pourparlers, d*Herbinville plus vif se fâche, bref nous en sommes pour nos frais de diplomatie et obligés de nous replier en bon ordre sur Tauberge de Gras-Château, des greniers de laquelle nous pourrons voir le combat, à Taide de nos lunettes.
Nous nous installons tant bien que mal dans notre observatoire improvisé, et juchés sur des bottes de paille nous attendons anxieux le début des hostilités. Mais c'est en vain, les heures se passent et les Prussiens n'attaquent pas. Ils ne sont plus trois contre un et seraient obligés de combattre à découvertjCe n'est pas là leur affaire, décidément ils refusent la bataille, nous en sommes pour notre course et une sieste au milieu du foin nouveau. Ce ne sera pas pour aujourd'hui, nous revenons à Metz.
J2 août.
Le maréchal Canrobert vient d'arriver à Metz avec le 6« corps dont il a le commandement. Le ma-
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réchal Lebœuf a donné sa démission de major général et l'empereur, cédant au vœu général^ se défait du commandement en chef de Tarmée du Rhin pour en investir le maréchal Bazaine. Cette nomination est contre-signée par l'opinion; les officiers s'en montrent très-contents.
A l'instigation du général Decaen qui s'occupe très-activement de faire éclairer son corps, on va former des éclaireurs volontaires sous la direction de M. Arnous-Rivière, ancien commandant d'éclaireurs en Crimée et que l'on dit aussi habile qu'énergique.
C'est s'y prendre un peu tard, car les Prussiens occupent déjà Nancy, ^et leurs espions se multiplient autour de nous. On a arrêté à la gare du chemin de fer un homme nommé SchûU, qui passe pour Belge et que l'on dit être le chef des espions prussiens. Je viens de le voir passer dans la rue, entouré de soldats; c'est un homme de haute taille, coiffé d'un chapeau de feutre noir, vêtu d'habits foncés et porteur du ruban de l'ordre de la Guadalupe; il a la barbe taillée à l'américaine et m'a semblé fort pâle.
D'autre part, on vient de trouver pendu dans son magasin un marchand de porcelaines, appelé Mayer, de nationalité prussienne et dont la boutique a été mise à sac dimanche par des soldats indignés de l'entendre se réjouir des succès de la Prusse dans une ville où il a fait sa fortune.
Le malheureux s'est peut-être fait justice.