Chapitre Onzième
Enfin une reconnaissance du 2» chasseurs d'Afrique, qui vient de pousser jusqu'à Courcelles sur Nied, a constaté sur ce point la présence de 8 à 10,000 hommes de troupesennemies. Nos chasseurs ont abattu à 800 mètres quelques hulans dont les compagnons étonnés de ce tir à distance se sont repliés. Les nôtres n'ont battu en retraite que devant des masses très -supérieures d'infanterie et de cavalerie^ soutenus par un escadron de dragons, qui a mis pied à ten*e et fait le coup de fusil.
On le voit, il fait bon veiller au grain.
i3 août.
Comme dit l'ex-major général la bataille est im* minente, je vais dîner ce soir à la popote du 5 1« de ligne avec des officiers du troisième bataillon, dont le lieutenant Estienne est devenu mon ami.
Je trouve le camp établi en avant du bois de Borny, à gauche de la route de Grigy. La quatrième compagnie à laquelle je rends visite est tout justement occupée à établir des routes militaires dans le bois, et à y pratiquer des éclaircies de peur d'une surprise de l'ennemi. Le général Decaenest homme' de précaution, il se sait observé dé près par un en.nemi hardi et actif et prend ses mesures en conséquence.
Sous un gourbi de frondaisons, dressé pour la circonstance, le couvert se trouve mis sur des cantines rapprochées les une? des autres,
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Derrière la tente qu'Estienne partage avec son sous-lieutenant, bout la marmite et mijote un ragoût, chef-d'œuvre de Colin, son ordonnance.
On a du pain blanc, du fromage et, luxe inouï, quelques tranches de saucisson de Lyon.
La conversation roule naturellement sur les événements qui viennent de se succéder si rapidement. Quelques-uns des officiers présents ont fait la campagne du Mexique et paraissent satisfaits de la nomination du maréchal Bazaine.
D'un moment à l'autre on peut être attaqué par les Prussiens, l'opinion unanime est que la journée du lendemain ne se passera pas sans un enjgagement sérieux, si même ils ne se montrent pas cette nuit.
Il y a quelques instants des soldats qui sont allés chercher de l'eau de l'autre côté de la route de Grigy, dans la direction d'Ars-Laquenexy , ont entendu siffler des balles envoyées par un ennemi invisible. L'un d'eux a eu son bidon troué.
Plus de doute , l'ennemi a connaissance d'un mouvement dont on parle pour le lendemain ; il épie, caché comme l'Indien derrière les arbres, ou tapi dans les broussailles. Ses éclaireurs déguisés en paysans nous harcèlent sournoisement; on ne les voit pas, mais on les sent : c'est une guerre de ruses et d'embuscades.
La nuit tombe, le ciel clair se parsème d'étoiles; sur notre droite, le bataillon de chasseurs et les troupes de la garde ont allumé de grands feux et