Chapitre Onsfième. g
en ville pour faire préparer mon cheval et mon mince bagage. Puisque i on s'en va^ je n'ai plus rien à faire ici.
J'ai déjeuné, payé ma note à l'hôtel, mon cheval est attelé à un léger tilbury, frais et gorgé d'avoine; j'ai de plus dans le petit coffre de ma voiture un pâté, une bouteille de vin et dans ma gourde un mélange hygiénique de café etd'eau-de-vie ; avec cela je puis aller bien loin. J'ai le fouet en main, je vais grimper sur mon véhicule, lorsqu'un coup sourd et retentissant vient m'arrêter tout court.
C'est un coup de canon, bientôt suivi de plusieurs autres, que j'entends en dépit du bruit qui se fait en ville.
Plus de doute, les coquins ont attaqué pendant le mouvement de retraite. Je cours jusqu'à la porte Mazelle, le fort Saint-Julien paraît tirer sur Bomy^ c'est de ce côté que doit avoir lieu l'engagement.
Je laisse ma voiture en plan et vais pour sortir, mais la porte est fermée. Il paraît que c'est grave* Peut-être serai-je plus heureux à la porte des Allemands; j'y cours, même déception. Les sergents de ville et les gendarmes ont peine à contenir la foule, qui se presse anxieuse près des fortifications. Deux ou trois balles mortes qui viennent s'aplatir sur un murdu chemin de ronde ralentissent la curiosité.
On entend très-distinctement la canonnade, l'engagement est bien près d'ici, je brûle de sortir, mais comment?
De temps à autre la poterne s'ouvre pour laisser
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passer une estafette ou un officier d'état-major qui fend la foule au triple galop.
Le temps se passe et la nuit vient à pas lents. La canonnade se fait toujours entendre. Bientôt la porte des Allemands s'ouvre pour laisser .passer un convoi de blessés. Ils sont peu nombreux, les badauds veulent se précipiter vers eux, ils sont contenus par des sentinelles que l'on vient de placer.
Heureusement j aperçois un médecin de l'Internationale que je connais un peu, je lui fais signe, il vient à moi.
— Je voudrais bien sortir.
— C'est difficile, mais attendez-moi, je vais essayer.
Quelques minutes après je le vois arriver. Il me noue un brassard autour du bras gauche, me met une trousse dans les mains et m'entraîne. On nous laisse passer.
Une fois hors des fortifications :
— Maintenant, me dit-il, débreuillez-vous, je vais à mon aj9aire.
Et mon protecteur me plante au milieu de la route de Plantières.
De quel côté tourner mes pas ? Je fais ce qu'aurait dû faire Grouchy, je marche au canon ; mais fort inexpérimenté en pareille matière, j'hésite.
Guidé cependant par quelque feu de mousqueterie et par une vapeur que je vois se balancer dans la direction de Vallières, je me dirige vers ce village.
Il est sept heures et demie, le bruit se ralentit et