‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 66 sur 162 · Chapitre Douzième · texte numérisé non relu

Chapitre Douzième

environs de Metz, faite sur celle de l'état-major, et m'explique complaisamment en quel endroit nous sommes et la topographie de nos entours.

— Ce village que vous avez quitté pour tourner à droite, c'est Gravelotte où se trouvait Bazaine, il n'y a pas une heure. Nous sommes, nous, sur le plateau des Genivaux, et le bois que nous observons, c'est le bois de la Jurée. Toute cette fumée blanche que vous apercevez dans la direction de la route qui part de Gravelotte pour courir à l'ouest sur Verdun, c'est là qu'est le gros de la bataille, il s'agit de savoir si nous aurons ou non la route

libre Tenez, fit-il en s'interrompant, avez-vous

entendu?

— Non, quoi ?

— Un petit sifflement, comme une abeille qui passe... tenez encore...

— Ah oui, cette fois.

— Ce sont des balles, et je croîs bien qu'elles sont pour nous. Attention, les enfants, ajouta-t-il à demi-voix en se retournant vers ses hommes. Si vous les voyez sortir, regardez-moi, et au commandement de : feu I visez tranquillement sans vous presser, à la ceinture; mettez les hausses à 5oo mètres, et ne tirez qu'au commandement. Vous entendez, sergent ?

— Oui, mon lieutenant, répond une moustache grise.

— Il paraît qu'il va-z-y avoir du coton ? demande un jeune soldat.

iio Metif iSyo.

— Mais oui, mon fils, répond le sergent, que tu vas saluer les balles, tout à Theure.

— Vous verrez-voir, fait le petit chasseur d'un air crâne.

Aucun Prussien ne se montre cependant; il est deux heures et demie, le feu semble se ralentir, lorsqu'il reprend tout à coup avec une nouvelle fureur. Le$ Prussiens qu'on attendait par le bois de la Jurée ont tenté une attaque sur Rezonville avec des forces qui semblent considérables. Une batterie française dont les bois nous dérobent la vue tire sans relâche. Nous voyons passer au loin, au pas accéléré, des troupes de ligne qui se dirigent vers le ravin d'Ars; il me semble reconnaître la division Montaudon.

C'est elle, en effet, je la vois bientôt revenir sur ses pas et traverser le ravin de la Jurée précédée par des grenadiers de la garde et des chasseurs à pied. II est près de cinq heures.

Les Prussiens canonnent de plus belle* — A vous I À vous 1 me crie tout à coup le lieute-^ nant.

Avant que j*aic eu le temps de comprendre ce dont il s'agit, une détonation m'apprend qu'un obus s'est égaré de notre côté.

La maîtresse branche d'un des arbres de la route

est tombée avec toute sa ^frondaison et le projectile

en éclatant a creusé un trou profond. Personne

n'est atteint.

Alors commence un horrible tintamarre, l'artil-

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