‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 67 sur 162 · Chapitre Douzième · texte numérisé non relu

Chapitre Douzième

lerie française reprend Poffensive avec un ensemble effrayant. Aux formidables détonations des pièces de 12, répondent le bruit plus sec des petits calibres et le grincement des mitrailleuses; la mousqueterie redouble, quelques balles mortes viennent s'aplatir au-dessous de nous avec un bruit mat.

Pendant deux heures, la lutte dure ainsi acharnée • et sans trêve. De temps à autre une vague rumeur s'élève, puis s'éteint dans le bruit général. Les bois sont environnés d'une fumée bleuâtre, qui court dans les vallons et les ravins, et s'interposant à l'horizon entre le spectateur et les rayons du soleil en atténue les derniers feux.

Le canon prussien semble s'éloigner dans la direction de Verdun. Le nôtre gronde encore du côté de Rezonville, mais avec moins de fréquence, une attaque générale a dû être repoussée. Encore une fois nous avons l'avantage.

On fait relever les chasseurs qui sont restés plusieurs heures couchés par terre et, après avoir laissé une arrière-garde pour observer les défilés, le bataillon se range à quelques pas de là, tout auprès de Gravelottc où les blessés affluent.

Tout n'est pas terminé pourtant. Le jdur va finir et l'on entend au loin, dans la direction du sud, une fusillade assez vive 4u'àccorapagne le bruit dû canon.

C'est un retour offensif, mais 11 est de peu dé durée, car le bruit cesse bientôt pour faire place â un silence relatif, interrompu par des clameurs lolii-

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taines, quelques coups de feu isolés, ou le cri déchirant de quelques blessés.

Les chasseurs n*ont pas mangé depuis hier, ils ont seulement pris le café noir ; on leur permet de faire la soupe sur le plateau même. En un clin d*œil les feux s'allument, la fumée des broussailles monte en tourbillonnant au ciel.

Dés hourras se font entendre. Cest^ nous dit-on^ le maréchal Bazaine qui rentre vainqueur à son quartier de Gravelotte.

Accompagné de deux officiers du bataillon, je me dirige vers le village pour tâcher d'obtenir du pain et un peu de vin dans la principale auberge. C'est là qu'est le maréchal; impossible d'y pénétrer, ni même de circuler dans la rue encombrée par les chevaux de main, les ordonnances, les équipages et les bagages.

Nous revenons auprès des soldats, et nous leur achetons, pour tromper notre faim, un peu de café noir sans sucre que nous mélangeons avec d'affreuse eau-de-vie de cantine ; un officier d'état-major nous donne un morceau de chocolat que nous divisons géométriquement en trois parties égales, et voilà notre souper.

. La nuit est tiède, nous nous, promenons de long en large sur la route des Genivaux en fumant religieusement les derniers londrès que j'ai apportés de Paris, lorsque le sergent s'approche de nous et communique aux officiers l'ordre de reprendre les campements du matin.

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