Chapitre Douzième
Le bataillon doit se reporter en avant de Châtel, sur la droite de la ferme de Leipsick^ adossé aux arbres de la vallée de Montvaux.
^^ Nous ne sommes donc pas vainqueurs ?
— Si nous le sommes, pourquoi battons-nous en retraite ?
— On ne va donc pas en avant î
— Eh bien, qu*est-de que nous avons fichu alors toute la journée ?
Ces questions partent toutes simultanément; mais comme la discipline est une seconde nature, chez les officiers comme chez les soldats, on obéit : les rangs se reforment et Ton part silencieusement.
La perspective de passer la nuit à jeun et à la belle étoile ne me séduit guère. La route est belle; malgré la fatigue, la perspective d'un souper à Metz me rend Télasticité des jambes et, après avoir dit adieu à mon lieutenant, je m'engage résolument dans la descente rapide qui conduit au fond de la vallée delà Manse que j'entends follement rouler en dessous de moi. L'air, est pur, dégagé des fumées delà bataille; du bois des Genivaux dans lequel je m'enfonce s'exhalent des senteurs forestières. Les arbres détachent leur feuillage noirâtre sur le bleu sombre d'un ciel parsemé d'étoiles. Plus d'autres bruits que ceux de la nature dont le calme délicieux proteste contre les fureurs de l'homme.
Pourvu, me disais-je, que les portes ne soient pas fermées et qu'on me laisse rentrer dans Metz!
Pans cette préoccupation, je hâte le pas, je pasaç
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sans m'arréter devant une auberge remplie de soldats^ et arrivé à la voie romaine par laquelle je suis monté le matin je prends sur la droite la grande route de Metz^ qui descend rapide vers un village dont j'ignore le nom.
J'entends à ce moment comme un roulement lointain. C'est une voiture ; au son je reconnais qu'elle doit être d'une certaine taille et à quatre roues. Elle est seule, donc ce ne sont pas des fourgons; c'est un chariot ou la voiture des ambulanciers.
Je ne me trompais pas : c'était le véhicule des médecins de l'Internationale qui arrivait au trot de deux grands diables de chevaux. Il était temps^ mes jambes commençaient à refuser le service.
Je hèle ces messieurs^ qui m'accordent obligeamment une place. Ils ramènent à Metz des officiers atteints de légères blessures au bras, à la tête. Chemin faisant, on cause de la bataille. .
Il paraît que nous avons été surpris. La division Forton composée de dragons et de cuirassiers occu* pait ce matin, derrière le village de Flavigny, au sud de Rezonville, une position d'observation qui devait lui permettre de voir le mouvement des troupes prussiennes alors qu'elles tenteraient de sortir des bois de Vionville.
Vers neuf heures du matin, le colonel Duferondu 4« chasseurs avait fait demander au général Forton s'il avait besoin de son régiment. Ce dernier avait feit répondre qu'il ;savait par M. Arnoux Rivière,