Chapitre Treizième, i
Nous avons atteint le haut de la côte. Un bruit aigre déchire Tair, c'est la mitrailleuse. Nous levons la tête, et nous apercevons, couchés à plat ventre, fouillant du regard la vallée de la Manse et les bois environnants, des chasseurs à pied ; ce sont ceux de la veille.
J'aperçois, en effet, mon lieutenant qui me fait signe d'approcher en me baissant.
— Croyez -vous, me dit-il, qu'on nous fait faire un drôle de métier? Tous ces bois-là grouillent de Prussiens qu'on aurait pu déloger hier, et qui vont nous tomber dessus au premier moment. Pas aujourd'hui, il est trop tard, les Prussiens attaquent le matin. On leur envoie de temps à autre une volée de mitrailleuse dans les bois, plutôt pour les prévenir qu'on les' observe que pour autre chose. Ah ! s'ils avaient voulu ce matin, ou s'ils avaient osé, ils nous auraient mis dans un joli pétrin! Figurez-vous que l'armée a battu en retraite par cette route encaissée que vous venez de prendre, et qu'elle n'avait absolument pour la protéger que notre division. On a dû abandonner des vivres, des bagages, des effets d'équipement, que sais-je? On en a fait un tas qu'on a brûlé pour mieux les prévenir de notre retraite. Ils ont certainement cru à un piège, c'est ce qui nous a sauvés. Jamais ils n'auraient pu s'imaginer qu'on serait assez bétc pour engager toute une armée dans un chemin creux, mêlée avec des blessés, des convois de toute nature, et dans un désordre!... Il fallait voir cela. Quelques tirailleurs postés
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dan$ tous ces bois qui longent la route, une division de cavalerie et du canon, et c*en était fait de Tarmée. Mon pauvre bataillon Ta échappé belle; nous étions tous nettoyés.
Le jeune officier m*avait débité ce long chapelet avec le feu de l'indignation au visage.
— Ah I me dit-il en terminant, je n'ai pas peur de la mort, mais la main sur la conscience, c'est embêtant de se faire tuer si cela ne doit servir à rien.
— Ayez confiance, lui répondis-je, nous ne sommes pas dans le conseil des Dieux. Peut-être la raison de toutes ces anomalies existe-t-elle, et qu'elle nous échappe.
— C'est à souhaitier, mais tout cela me semble bien étrange. Ce n'est pas ainsi que je comprenais la guerre.
Sur ces entrefaites, Mayer s'approcha de nous.
— Il paraît, me dit-il, qu'il n'y aura rien aujourd'hui, du moins cela semble probable. Je viens vous proposer de la part de ces messieurs de monter sur le Saint-Quentin. De Piolant espère y trouver des nouvelles de son frère et nous aurons du plateau un coup d'œil d'ensemble qui peut avoir son intérêt.
— Volontiers, dis-je,et nous redescendîmes.
Pour monter au sommet du mont Saint-Quentin,
on prend à gauche un chemin qui passe d'abord par Chazelles, un petit hameau qui dépend de Scy, charmant village au clocher pointu s'élevant du milieu des vignobles dont le produit est, je crois l'avoir dit, la richesse du pays.