‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 8 sur 162 · Chapitre Deuxième, i · texte numérisé non relu

Chapitre Deuxième, i

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unediscussion fort vive qui se termine par quelques violences de ma part et une soumission démon cheval, un peu tardive pour mon amour-propre.

Le Ban Saint-Martin, autour duquel sont campées les divisions arrivant de Paris, est une vaste pelouse jaunie par la sécheresse^ entourée par une double rangée d'arbres magnifiques et que bordent sur un côté de jolies villas. Elle est dominée par le mont Saint-Quentin et les hauteurs de Plappeville, que couronnent deux forts non complètement achevés.

Je suis arrivé au moment précis où le 5 1*^ de ligne enlevait ses tentes pour les établir un peu plus loin. Ce mouvement a été exécuté avec la prestesse qui caractérise le troupier français. J*ai attaché Figaro — ainsi s'appelle mon cheval jaune — à la voiture de la cantinière^ et je vais à la recherche du lieutenant Estienne.

Je le trouve précisément occupé à faire établir la popote auprès de sa tente; nous nous serrons la main et j'accepte l'invitation qui m'est faite de prendre le café du matin. On se lève de bonne heure au camp; les officiers sont presque tous sortis de leurs petites tentes, et sont assis celui-ci sur un pliant, celui-là sur sa cantine, l'un recousant un bouton, cet autre mettant à jour sa correspondance et surveillant du coin de l'œil son déjeuner qui cuit en plein vent.

Rien d'original comme ces cuisines improvisées : un trou dans la terre, profond de quelques centi-

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mètres, des éclats de bois en guise de chenets, des broussailles au lieu de charbon, voilà des fourneaux capables de rivaliser avec ceux de nos restaurants.

Pendant que les uns s'occupent de la nourriture commune, les autres achèvent leur toilette dans un seau d'eau pris au puits voisin, brossent leurs uniformes ou font reluire leurs boutons.

Quelques roquets, enfants d'adoption du régiment, jouent au milieu des armes rangées en faisceau. On m'a présenté Zéphir^ un petit chien noir et feu, dont la récente odyssée a fait le tour de la brigade. Féru d'amour pour une petite personne de son espèce, appartenant au 62° de ligne, Zéphir avait été subrepticement se mettre en subsistance dans ce régiment, avant son départ de Paris.

On le croyait perdu, au grand désespoir des troupiers du 5i^, lorsqu'on l'a subitement retrouvé au comp, tournant autour des tentes, honteux et confus de son escapade. On a tué le veau gras, et Zéphir a repris son rang de bataille à la 4® compagnie du 3« bataillon.

Au retour, on s'entretient en ville de l'arrestation de plusieurs espions. A Bening-Merlebach, station du chemin de fer de Sarrebrûck, oîi le territoire prussien fait une pointe en France, on a arrêté un espion déguisé en femme, et un second à Metz vêtu, en paysan. Ce dernier, que j'ai vu mener en prison, est un grand jeune homme à la tournure militaire, un peu pâle, portant une forte moustache blonde et

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