Chapitre Quatorpème
Schûll avoue avoir passé par Rastadt, Kenchen, Fribourg et Bâle.
Il s'est présenté au commissaire spécial français, à Saint-Louis, a obtenu de lui un sauf-conduit qui lui a permis de voyager par les trains militaires, les seuls circulant alors jusqu'à Metz par Mulhouse^ Belfort, Vesoul, Nancy.
Outre le laisser-passer prussien, SchUU portait dans une sacoche de cuir mille francs en or français et une petite médaille de cuivre qu'il reconnaît être la médaille distinctive des espions prussiens.
Il avait encore un passe-port américain portant un chiffre logarithmique, qu'il prétend être un signe de passe insignifiant :
Lec:{inski obers lieutenant.
Leczinski est le chef d'état-major du général Rayer de l'armée badoise.
Lors de son arrestation, menacé d'une exécution sommaire, SchUU est entré dans la voie des aveux. Il revient aujourd'hui sur ses déclarations, proteste de son innocence et se défend avec beaucoup d'habileté.
« Je n'ai jamais été agent prussien, dit-il. Il n'est pas étonnant que l'on ait trouvé un laisser-passer allemand ; il m'avait été donné parce que je devais être employé comme courrier dans l'armée. Quant à la médaille^ je me l'étais procurée pour m'éviter tout désagrément en parcourant les lignes ennemies.
142 Afe/f i8yo,
f Les chiffres trouvés dans mes papiers ne signifient rien, ce sont des calculs.
« Je connais, il est vrai, M. Leczinski^ je pourrais tirer de lui beaucoup de renseignements, et j'en sais le moyen, c'est de lui présenter une jolie femme, qui sache lui plaire (rumeurs).
« J'offre mes services pour attraper tous les espions prussiens {rires ironiques). Pour cela, j'écrirai au quartier général allemand que je m'établis ici à poste fixe, pour avoir des renseignements plus sûrs, et qu'il est nécessaire d'envoyer des agents chercher mes rapports, puisque les communications sont interrompues. •
Inutile d'ajouter que les propositions de SchûU sont accueillies avec le dégoût qu'elles doivent ins* pirer.
Après quelques minutes de délibération, le conseil rentre en séance et condamne SchûU à la peine de mort.
Le condamné, qui*a appris la décision de ses juges sans manifester d'émotion, a demandé à se pourvoir en révision.