‹ Metz, 1870; notes et souvenirsChapitre 94 sur 162 · Chapitre Seis^ième. i · texte numérisé non relu

Chapitre Seis^ième. i

Survient le capitaine de place qui trouve que Ton perd du temps.

— Nous sommes en retard, dit-il, dépêchez-vous. Schûll est complètement habillé.

— Oti est le prêtre ? demande le capitaine.

Le pasteur s'avance.

— Ah ! très-bien, partons.

Schûll demande à écrire, cette permission lui est refusée. Il jette alors son plaid sur son cou, met son chapeau, et, libre de ses mouvements, se prépare à suivre les exécuteurs.

Devant la porte de la prison, rue Saint-Gengoulf, les troupes sont disposées sur deux rangs. Derrière quelques rares curieux. Les habitants entr'ouvrent leurs contre-vents.

En sortant, Schûll regarde tout autour de lui. Il est blême, mais se tient raide et paraît anxieux de ce qui se passe autour de lui.

Le ministre est à sa gauche, les gendarmes des deux côtés ; on lui a laissé la liberté de ses mouvements.

Dans les rues désertes, on entend le pas régulier du funèbre cortège, qui entre bientôt dans l'avenue Serpenoise : les boutiquiers qui ouvrent leurs ma- , gasins s'interrompent pour se former en groupes, et du doigt ils montrent en chuchotant le condamné.

On franchit la porte Serpenoise. L'exécution doit avoir lieu derrière la citadelle, dans le fossé de la courtine de l'ouvrage à corne.

i56 Met!f i8jo.

Il faut prendre à droite, par un sentier boueux entrecoupé de flaques d'eau. Schûll marche avec précaution, de crainte de se salir.

Le pasteur Texhorte, lui parle du ciel ; Schûll, absorbé, l'écoute machinalement.

On arrive enfin au lieu de l'exécution. Schûll est placé près du mur. Le pasteur reste auprès de lui.

Le peloton d'exécution se place à la distance réglementaire et charge les armes.

On se trouve près d'une encoignure ; l'adjudant qui commande les hommes chargés de cette triste mission les dispose près de Tépaulement du contremur du fossé, invisibles pour tous excepté pour le condamné.

Schûll écoute le pasteur qui lui parle toujours. Cependant le temps se passe, on cherche des yeux quelqu'un qui manque à cette tragédie funèbre.

C'est le capitaine chargé de lire sa sentence au condamné. Il arrive enfin. Schûll se met à genoux, on lui bande les yeux, deux soldats le soutiennent. Il écoute ainsi son arrêt. La lecture terminée, Schûll paraît frappé d'une légère commotion, ses mains jointes ont un mouvement d'affaissement, peut-être de fatigue, mais bien vite réprimé.

Il reste un genou en terre avec une certaine fermeté.

Le pasteur s'éloigne de lui le dernier. L'heure a

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