Chapitre Dix-septième, i
L'autre jour, à Sainte-Ruffine, une pauvre vieille lavait son linge dans la fontaine communale, située sur le chemin de Jussy, Tout à coup se présente un hulan ; il s'approche^ descend de cheval, tire un énorme couteau, Touvre devant la malheureuse qui croit sa dernière heure venue, puis il s'empare de son morceau de savon, le coupe en deux parts, prend la plus grosse et s'éloigne en disant : « Bonne FrancesSj adiess. »
Qu'est-ce qu'un hulan peut faire d'un morceau de savon ?
Voilà la comédie; voici le drame, tel qu'il m'a été raconté par des paysans réfugiés :
Le jour de la fameuse sortie du 26, un officier de hulans se présente inopinément devant une pauvre maison de Noisseville, suivi de quelques cavaliers.
Nos troupes venaient à peine de sortir du village, ou plutôt une certaine quantité de traînards qui avaient été remarqués par les Prussiens.
Un vieillard fumait sa pipe, tristement assis sur un banc devant sa maison.
— Holàl lui crie l'officier, lève-toi et réponds. Le vieux Lorrain se lève lentement et ôte sa pipe
de sa bouche.
— Où sont allés les Français qui étaient ici ? lui demande-t-il.
— Je ne sais pas.
— Ah I tu ne sais pas; tu ne veux pas dire où est l'ennemi...
i6o Met^ 1870.
— L'ennemi ? îpterrompt le paysan, toisant du regard l'officier, Tennemi, c'est vous!
Un coup de lance fut le châtiment de cette fière réponse. Le bonhomme est au lit mourant, entouré des siens auxquels il ne cesse de répéter : « C'est égal, je lui ai dit son fait, au Prussien. »
3o août.
Pour suppléer aux hôpitaux envahis et à la charité qui est débordée, on a installé en ville quarantesept ambulances.
Les écoles, les couvents, les casernes, les jardins publics, des églises même sont convertis en hôpitaux oti ne cesse de se porter une foule sympathique qui apporte à nos blessés des présents et des consolations, et qui les soigne avec un zèle toujours croissant. L'évéque fait tous les jours une tournée dans les ambulances, mais on n*y a pas encore vu le maréchal Bazaine, qui doit pourtant bien une visite à ses blessés, et le témoignage de sa satisfaction aux infirmières volontaires qui luttent de dévouement.
ATambulance du jardin Fabert, admirablement tenue par la Société internationale de secours aux blessés, les médecins m'ont parlé avec les plus respectueux éloges d'une dame de Paris, riche, élégante, appartenant au meilleur monde, et qui passe littéralement ses nuits et ses jours au chevet des malades, qu'elle soigne avec un courage moins