Chapitre Dix-septième. i
branle dans la direction de Noisseville, de Montoy et de Flau ville. Je les perds bientôt de vue ; mes amis du 5i® sont là, le régiment est parti' au pas accéléré. « Ils vont avoir du coton, » disent les soldats qui m'entourent. Il s'agit, à ce que m'explique un officier supérieur^ d'un mouvement très-impor- • tant. L'armée, qui présente une ligne convexe, va pivoter sur sa gauche qui lui sert d'axe et envelopper Sainte-Barbe et Servigny, qui sont les clefs de la position. C'est ce que Ton appelle, je crois, une marche en avant concentrique.
Le crépitement de la fusillade, dont le canon fait la basse et la mitrailleuse les arpèges, assourdit les oreilles, d'un infernal concert. La fumée de la poudre enveloppe les combattants, au point qu'il m'est bientôt impossible, dans plusieurs directions, de distinguer nos soldats des tirailleurs ennemis.
A ce moment, quelques obus nous arrivent, les uns rappliquent dans les rangs d'un bataillon d'infanterie et blessent quelques hommes ; puis, comme pris d'une rage subite contre ce pauvre bâtiment, l'ennemi lance sur la toiture de l'auberge et dans le champ avoisinant une véritable grêle de projectiles.
On transporte les blessés derrière l'aile en retour de la maison. On les adosse à leurs sacs et les pansements commencent. Je me suis mis justement à l'abri de ce côté, je n'apercevrai qu'une moitié du champ de bataille, mais pour mieux voir les places coûtent trop cher.
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J'aide à fendre les uniformes, à laver les plaies toutes fraîches, j'ai Thabitude de ce métier, et Taidemajor, qui avait commencé par me regarder de travers lorsque je lui ai offert mes services, me complimente maintenant de ma dextérité à exécuter ses prescriptions.
Puisque je ne puis tuer des hommes, il faut bien ' que j*aide à les raccommoder.
Le jour s'avance, j*ai les mains pleines de sang, je les essuie avec mon mouchoir; les voitures des ambulances avec leurs rideaux blancs et leurs croix rouges s'approchent pour charger les blessés; pendant ce temps, la pluie d'obus ayant fini par cesser, je fais le tour du bâtiment pour inspecter à la lorgnette le champ de bataille.
Des deux côtés le feu s'est beaucoup ralenti, la fumée monte en l'air comme un voile de velours suspendu sur les combattants, qui sont déjà trèsloin de nous et se canardent plus mollement.
Tout à coup, on entend le bruit des tambours, les clairons sonnent la charge, et les tirailleurs éparpillés se rapprochent pour monter à l'assaut des collines qui sont devant eux et enlever les positions à la baïonnette. A ce son bien connu, le feu des Prussiens redouble d'intensité.
Braves soldats ! ils gravissent comme des enragés, et sous une grêle de balles, les pentes de Noisseville, de Nouilly et de Servigny situées devant nous. La réserve du 2« corps au milieu de laquelle je me trouve trépigne d'impatience. Des chants