‹ Metz depuis Dix-huit siècles. Son peuple, ses institutions, ses rues, ses monuments; Récits chevaleresques, religieux et populaires. Par Émile Bégin. Troisième volumeChapitre 11 sur 53 · PA · texte numérisé non relu

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PS le glaive aux mains de son fils ; l’amante posait le casque sur la tête de son heureux fiancé; le vieillard bénissait, en l'invitant à partir, une progéniture qu'il n'espérait pas revoir ;

partout surgissaient des flots de populations armées; celles-ci

marchant à la suite d'un seigneur laïc; celles-là sous le commandement de quelque évêque. Rendez-vous des provinces Lorraines et Mosellanes, Metz ouvrait ses portes aux phalanges enthousiastes qui venaient, bannières déployées, recevoir le bourdon et l’absoute sur le parvis de l’église Saint- Etienne. Ce n'étaient, par les rues, que chants d’allégresse et litanies, témoignages d’aveuglement populaire, de foi vive et de séduisante espérance. Ils s’en allaient tous sans préoccupation , sans crainte aucune, comme jadis les rois mages qu'une étoile a conduits au berceau du Sauveur; ceux-ci insouciants des biens de la terre; ceux-là persuadés que la victoire leur rendrait au centuple ce qu'ils sacrifiaient pour le ciel.

On se ferait difficilement une juste idée du mouvement industriel et commercial qu'engendra la premiére croisade, ici surtout, à cause des juifs, des lombards et bourgeois négociants qui prêtaient aux croisés des sommes considérables, partie en écus, partie en chevaux, en armes et fournitures diverses d'équipement. D'immenses terrains, laissés pour gages temporaires ou vendus, passaient ainsi à de nouveaux maîtres plus intelligents, plus actifs que n'étaient les anciens, et le sol y gagna. Peut-être même cette grande émigration devint-elle la source principale de l’opulence bourgeoise qu’on vit se développer depuis, avec tant d'activité, dans la cité messine.

L'ouverture, au musée de Versailles, de la salle des croisades, en faisant un appel au légitime amour-propre des familles nobles, a mis au jour quantité de noms devenus célèbres dans les champs de la Palestine. En cherchant bien,

nous pourrions y placer presque toutes nos vieilles souches

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patriciennes, car une seule eüt-elle osé, sans de graves motifs, ne pas suivre l'élan général que Rome imprimait aux esprits ? Dans le Pays-Messin, les Adelberon*, les Chewerson, les Chérisey, les Gournay, les Raigecourt, les Raoul**, etc. répondirent à son appel. On vit ces fiers enfants du nord-est de la France, abandonner le manoir qui leur avait donné son nom, et lui léguer, en retour, des marques particulières, des blasons qu'ils ne s’imaginaient point alors devoir traverser les siècles avec les races mêmes qu'elles servirent à distinguer. Quand nos paladins n'avaient tous qu'une croix rouge sur la poitrine pour témoignage de leur alliance religieuse et guerriére, et des noms patronymiques, des sobriquets d'une confusion facile , les armoiries nées au-delà des mers, vinrent à propos

* En 4109, au siège d’Antioche, figurait Adelberon, noble jeune homme, archidiacre de Metz, fils de Conrad, comte de Luxembourg et proche parent de l’empereur Henri. Adelberon y périt. Voici comment Albert, chanoine d’Aix-la-Chapelle , chroniqueur contemporain , raconte cette fin de la manière suivante : Contigit quodam die (in obsidione scilicet Antiochæ anno max) filium comitis Conradi de Lutzelenburg, Adelberone nomine, clericum et archidiaconwm Metensis ecclesiæ, Juvenem nobilissimum de Regio sanguine, et proximum Henrici w Romanorum Augusti, alearum ludo pariter recreari et occupari cum matrona quédam, quæ magnœæ erat ingenuitatis ac formositatis, in viridario pomiferis arboribus et herbarum abundantid plenissimo , et silva quæ juxtà sedem et eamdem portam urbis habebatur, quam dux Godefridus et Teutonicorum comitatus obsidione premebat. His, ut dictum est, otio et ludo intentis, Turci solliciti insidiarum et necis Christianorum, clàm à porta procedunt ; et cautè se abscondentes inter aliam et supereminentem herbam, arborumque densitatem , archidiaconum et sibr colludentem matronam , subito clamore nescios et obstupefactos incurrunt, sagtttis infigentes, sociosque , qui judices ad ludum convenerant, jàm præ timore oblitos alearum , dispergunt et vulnerant. Et ipsius quidem archidiacont caput amputatum per portam raptim et in momento hoc facto, repedantes secüm detulerunt.

Alberti chron.

** Raoul, frère de Folmar, comte de Metz, V, Meurisse, hist. des Euesques. À

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